La série Sara Lone écrite par Erik Arnoux et dessinée par David Morancho est excellente. C'est pour cette raison que j'ai invité Erik Arnoux afin qu'il nous la présente  et qu'il nous parle de sa carrière. On se souvient aussi qu'Erik avait réalisé des essais pour Alix il y a quelques années...

Erik arnoux

Vous avez une carrière d'auteur de BD importante, pouvez-vous nous parler de vos principales séries ?

Erik Arnoux: Ma découverte de la BD date de la fin des années 60 et les Auteurs du journal Tintin qui m’ont marqué à mes débuts sont ceux de cette période franco-belge, évidemment Jacques Martin, mais aussi Hermann ou encore Giraud et Uderzo, dans Pilote, et Franquin, dans Spirou… C’est à douze ans, en 1968, en lisant comme la plupart des auteurs de ma génération l’entretien célébrissime publié chez Marabout entre Vandooren, Jijé et Franquin, justement, que j’ai su que je serais dessinateur de BD.

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Au départ purement dessinateur, je supposais qu’écrire et dessiner étaient deux métiers très différents. Ce qui n’est pas faux… On peut être bon dessinateur et ne pas savoir raconter des histoires, et le contraire, c’est évident… J’ai donc désormais plus de quarante titres, autant dessinés qu’écrits.

C’est au quatrième album, en 91 que constatant que je n’adhérais plus trop à ce que m’écrivait mon premier scénariste sur “Timon des Blés“ pour Glénat que je me suis dit qu’il fallait que je saute le pas et que j’écrive mes propres histoires: si c’était “mauvais“, je ne pourrais m’en prendre qu’à moi-même ! Je dois donc en tout premier à mon ami Daniel Bardet (le scénariste en question) d’avoir franchi le pas. J’ai proposé “Sophaletta“, écrit et dessiné par moi en solo avant de passer le dessin à Dominique Hé à compter du 4, à Glénat. Il y a neuf albums. Je devais en faire un 10 ème que j’aurais dessiné moi même pour conclure en renouant tous les fils et les destins des personnages, mais Glénat a stoppé au 9. Ensuite j’ai écrit beaucoup d’autres histoires pour d’autres dessinateurs et d’autres éditeurs, tout en me rendant compte que même si ce sont bien deux métiers différents, j’aime autant l’un que l’autre… À noter que j’ai commencé à publier dans la collection Vécu. Le numéro zéro qu’Henri Filippini m’avait montré lors de mon premier entretien chez Glénat avait un dessin de Juillard, avec Arno en couverture… Un signe ?

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Séries principales, donc: Timon des Blés, Sophaletta, mais aussi Celadon Run qui m’a permis de découvrir Alain Queireix avant de me le faire piquer très élégamment par Desberg alors qu’il dessinait Ava Dream, au Lombard, et aussi le scénario de 5 albums de la série des Aigles Décapitées pour Glénat, dessinés par Michel Pierret.  Il y a aussi Witness 4, chez Soleil, reparu récemment chez Sandawe en intégrale, sous le dénominatif W4, avec mon ami Millien qui est mon binôme en dessin puisque désormais nous travaillons ensemble à quatre mains. On a ainsi fait plusieurs albums, dont les deux tomes de Poker Face, pour Casterman-Jungle… Et puis depuis 2011 Sara Lone avec un merveilleux dessinateur espagnol, David Morancho…

 

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 Le second tome de l'excellente série Sara Lone est sorti récemment. Mais qui est Sara Lone ?

 C’est une jeune Américaine d’une vingtaine d’années, fille d’un pêcheur de crevettes texan du golfe du Mexique qui va se retrouver au cœur d’un complot des Services Secrets qui devrait la mener à Dallas, fin 1963. Pour le moment il y a deux albums, chez Sandawe, un éditeur belge…

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 Comment est née cette histoire qui reflète bien je pense les années 60 aux USA ?

 Au départ, j’avais juste fait un pitch et David Morancho, un auteur espagnol trouvé sur internet dont j’avais remarqué le travail, nous avait dessiné deux pages, sur un découpage écrit pour la circonstance et totalement fictives, juste pour montrer le style. Mais ça manquait sans doute de conviction, ce n’était pas assez abouti et je l’ai proposé sans trop de certitudes à tous les éditeurs. Qui ont tous refusé.

 J’ai remballé et n’ai plus eu de nouvelles du dessinateur jusqu’au jour où dans un article d’ActuaBD, j’ai découvert Sandawe et ce principe de financement participatif, le fameux crowdfunding, qui permet aux lecteurs de miser sur des titres de BD. J’ai envoyé plusieurs histoires à Patrick Pinchart qui lui a aimé cette Sara Lone, qui n’était pourtant qu‘ébauchée, m’incitant à m’y remettre. Cette fois j’ai vraiment écrit l’histoire pour de bon et les pages de David, recontacté et acceptant de le faire deux ans après notre échec, étaient superbes … Sandawe y a cru et on a lancé le titre en financement, ça a mis 9 mois pour le tome 1 (11 mois pour le 2 et… quatre jours pour le 3 !)

"Carcano Girl" (Sara Lone, n°2), par David Morancho et Erik Arnoux

 

Sur combien de tomes est prévue cette histoire ?

En quatre.  Mais si ça fonctionne, on garde le personnage pour un second cycle de Sar Lone, cette fois au Viet-Nam en 68… Mais c’est très prématuré d’en parler. Pour l’heure, nous avons deux autres albums à réaliser

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 Vous avez une admiration pour l'œuvre de Jacques Martin. Pouvez-vous nous parler de ce que son œuvre vous a apporté en tant que lecteur et aussi en tant qu'auteur de bd ?

J’ai eu l’occasion de rencontrer Martin quelquefois dans différents festivals, mais n’ai jamais vraiment pu lui dire mon admiration réelle pour son travail, découvert avec la parution dans Tintin début 1968 du magnifique Tombeau étrusque… J’avais à peine onze ans…Vous le connaissiez, je crois, Jacques Martin n’était pas spécialement à l’écoute des jeunes auteurs comme pouvaient l’être un Jijé ou un Mézières, par exemple… Il  était assez distant et ne donnait pas le sentiment de vouloir communiquer dans un esprit de partage avec la nouvelle génération. C’était aussi un “Monsieur intimidant“, un homme ayant l’âge de mes grands-oncles, bref d’une génération ayant vécu la guerre, un personnage au caractère bien trempé, plutôt dur avec les autres… et aussi avec lui même ! Ce qui est amusant c’est qu’à Nîmes, en 89 ou 90, il dédicaçait Alix à côté de moi devant les Arènes sous des tentes ouvertes et a feuilleté les deux seuls albums que j’avais alors. Il m’a regardé ensuite en me scrutant avant de me demander tout à trac si je voulais travailler avec lui, mon style ayant alors une filiation qu’il avait bien sûr repérée. J’ai poliment décliné, ce n’était pas le moment, et puis je connaissais bien Gilles Chaillet, qui me disait souvent à quel point c’était parfois compliqué de travailler avec un tel monstre sacré… ça m’avait refroidi.

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Planche réalisée en 1982, d'inspiration Martinienne

 

Mais je suis fan de son travail, notamment les Alix de la grande époque et les trois premiers Lefranc avec une grosse préférence pour le dernier Spartiate et le mystère Borg. J’ai grandi avec cette envie et dès mes vrais débuts, mes pages étaient très influencées par Martin qui était un peu mon référent, quand mes autres copains du métier ne juraient que par Gir/Moëbius, par exemple…

 

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En 2006, Erik Arnoux s'est amusé à dessiner Alix

 Quels sont vos projets ?

La suite de Sara Lone, en scénario. Et un premier tome que je co-réalise avec Chrys Millien sur un scénario de JC Kraehn, intitulé l’Aviateur, chez Dargaud. 62 planches. En Afrique, vers 1917 pour cette première histoire. Au départ c’est conçu comme un spin-of de Tramp… Et puis probablement en cours d’année un autre projet très excitant dont je ne peux rien dire, mais qui se négocie en ce moment… Je me ferai un plaisir de vous en reparler si ça abouti comme je l’espère…

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L'aviateur, la nouvelle série écrite par Kraehn et dessinée par Arnoux et Millien (Dargaud)

Merci Erik d'avoir répondu à mes questions et pour plus d'infos, une seule adresse: http://erikarnoux.blogspot.fr/