Thierry Robberecht, le scénariste de L'éternel Shogun répond aux questions d'Alix Mag'.

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Pour la première fois, vous scénarisez une aventure de Lefranc. Une présentation s'impose...

Je suis romancier pour la jeunesse et scénariste de B.D chez Casterman depuis très longtemps. D'abord avec de l'humour, j'ai créé la smala avec le dessinateur Marco Polo puis du policier et de l'aventure , dont "L'ennemi", polar satanique, dessiné par deux dessinateurs italiens.

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Comment de la Smala arrive t'on à Lefranc?

Par affinités et par rencontres. J'avais parlé à Jimmy Van Den Hautte, le directeur des collections Martin de ma passion pour Lefranc...il a donc fait appel à moi.

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Lefranc sculpté par Christian Merland (Galerie petits papiers)

L'eternel Shogun se déroule dans la période de l'après-guerre au Japon. Pourquoi avoir traité cette époque et ce lieu?

Ce qui m'interesse dans Lefranc, c'est que Jacques Martin a créé son personnage dans une époque charnière: l'immédiate après-guerre, la guerre froide et la décolonisation. Ce sont les thèmes que je veux traiter en écrivant des scénarios de Lefranc. Le premier thème est l'après-guerre et le Japon. A cette rancoeur d'avoir perdu une guerre et la difficulté pour les Japonais d'accpeter que le vainqueur prenne possession du sol nippon, c'était difficile. J'ai trouvé cela intéressant. Puis,  en faisant des recherches, j'ai découvert qu'il y avait cette ambition allemande de transférer de la technologie allemande pour essayer de poursuivre la guerre. Finalement, on a l'idée de départ, puis, en faisant des recherches, les pièces du puzzle se mettent en place.

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La maquette du ME-302

Lefranc et Axel Borg ont une histoire vieille de 60 ans. Est-il facile de les mettre en scène, tout en respectant leur vécu?

Jacques Martin avait pris soin de les mettre en scène de manière assez précise, si bien que pour un scénariste, c'est assez simple de se glisser dans les vêtements de Lefranc. Une langue particulière, beaucoup de récitatifs et une façon, bien à Jacques Martin de créer l'évenement donnent une atmosphère très particulière à cette série.

Lefranc années 50 ou contemporain?

Je préfère travailler sur les années 50. Il y a une certaine nostalgie et on ne raconte pas les histoires de la même manière . Aujourd'hui, tout va trop vite. C'est intéressant de se réfugier dans ces années là, ça m'a beaucoup plu de le faire.

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Quelle est votre référence , votre Lefranc préfèré?

C'est difficile de m'appuyer sur un album particulier car c'est tellement fort que j'ai bien trop peur de calquer et de faire quelque chose qui ressemble trop à Lefranc, de déjà lu. J'adore "La grande menace", c'est un des meilleurs! Il faut à la fois se rapprocher du personnage et ne pas le copier, même sans le vouloir.

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La grande menace

Quelques pages supplémentaires auraient été les bienvenues. En effet, la fin est trop dense.

Oui, j'ai pensé de faire un peu plus long mais l'éditeur préfère rester à 46 pages. Mais c'est vrai que lorsque l'on crée une histoire et qu'il faut clôturer, des pages supplémentaires seraient les bienvenues.

La prochaine aventure de Lefranc se déroule en ex U.R.S.S. Le titre est L'enfant Staline, je crois...

Oui, en effet. Après l'après-guerre, la guerre froide, du côté de l'U.R.S.S. Je me suis documenté sur Staline et j'ai trouvé que ça faisait un excellent héros de B.D négatif. J'ai donc envoyé Lefranc là-bas. En même temps, j'ai découvert que ce pays était à la pointe, à cette époque là, dans la recherche du clonage. J'avais un début de scénario, puis, petit à petit, en faisant mes recherches, les pièces du puzzle se sont mises en place.

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Strip de L'enfant Staline , dessiné par Régric

Après l'Union Soviétique et le clonage, d'autres idées, d'autres envies?

Sur les 3 thèmes dont je parlais en début d'interview, il reste la décolonisation. J'aimerai envoyer Lefranc en Inde post Britanique et française. Pourquoi pas en algérie, bien qu'il vient d'y aller dans "Les enfants du Bunker". C'est un sujet très "touchy"pour les français, ce n'est pas évident de traiter la décolonisation.

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L'éternel Shogun