J'ai demandé à Numa Sadoul (entretiens avec Hergé, Franquin...), de nous parler de son ami Jacques Martin. Numa a en effet prêté son nom et son physique au personnage de Numa Sadulus, le célèbre espion de Pompée .

Numa Sadulus est l'un des personnage principaux de l'enfant Grec et de la chute d'Icare.

Facétie de Jacques Martin (?), c'est dans la chute d'Icare que revient Arbacès...mais je vous laisse le soin de lire le témoignage de Numa Sadoul...

numa

"Je l'ai connu au moment de mes entretiens avec Hergé, en 1971 , car il travaillait aux studios de l'avenue Louise.
Je l'ai d'abord trouvé antipathique ; il pouvait l'être en effet, mais en discutant avec lui nous avons sympathisé. Il aimait mon côté latin, mon physique d'éphèbe mythologique, mes origines italiennes, mon nom dérivé du latin (Sadoul = Satulus = Soûl) et mon prénom de roi de Rome. La première fois qu'il m'a invité à dîner, c'était à l'Auberge du Chevalier à Berseel, près du mythique château où "Bob et Bobette" m'ont tant fait rêver.
J'étais jeune, j'aimais "Alix", nous avions plein de goûts en commun : nous sommes devenus amis assidus. J'ai fréquenté sa maison, suis devenu intime avec sa femme Monique et ses deux enfants. J'allais souvent passer des week-ends avec eux dans leur maison de campagne de Bousval, non loin de celle de Hergé.
Quand il a su que Paul Cuvelier souhaitait me faire poser pour lui, il m'a demandé la même chose. Comme je venais de lui suggérer l'aventure de "L'Enfant grec" dans ses grandes lignes, il m'a dit qu'il allait faire de moi un personnage de la saga ; un personnage "ambigu", comme je l'étais à ses yeux, pas vraiment un ennemi mais pas un ami non plus. Finalement, je n'ai posé ni pour Cuvelier ni pour lui, mais je lui encoyé des photos à partir desquelles il a bâti le portrait de Numa Sadulus. Il n'était pas un grand portraitiste et je dois dire qu'il ne m'a pas bien "croqué"...
Par la suite, nos relations se sont maintenues à un haut niveau : visites, repas, week-ends, correspondance, etc.
Lorsqu'il m'a fait part d'un projet de scénario (en 1975) où il allait ressusciter le "méchant" Arbacés qu'il avait tué précédemment, résurrection probablement liée à des considérations commerciales, je lui ai fignolé un courrier pas piqué des vers où j'expliquais, en gros, qu'une oeuvre comme la sienne ne souffrait pas des concessions de ce genre. Il a su tirer parti de mon conseil, et oubliant son idée de faire revenir Arbacés, il m'a gratifié de ce dessin exclusif .

dessin_inedit_Jacques_Martin

J'ai plein de choses à dire de et sur Jacques Martin, mais c'est toujours par rapport à moi, à nos relations privilégiées. Et comme cela tourne un peu trop à l'exercice narcissique, j'arrête ici ce petit texte en hommage à un ami disparu. "

Numa Sadoul