Giorgio Albertini:"Dessiner Alix est un grand honneur et une grande responsabilité"
"Le Dieu sans nom" , la nouvelle aventure d'Alix du duo David B et Giorgio Albertini sortira cet automne . Alix Mag' a voulu mieux connaître le dessinateur Girogio Albertini , qui est aussi archéologue et illustrateur scientifique .
De nombreux dessins illustrent cette interview , Alix bien sûr, mais aussi d'autres travaux du dessinateur.
Rencontre avec le dessinateur Giorgio Albertini, un artiste étonnant!
"Le dieu sans nom", Alix, David B/Albertini/Casterman
Giorgio, en ces temps difficiles de crise sanitaire, que vous inspire cette drôle de période?
C'est un sujet difficile.La région où je vis et où je suis né, la Lombardie, a été, jusqu'à présent, l'une des plus touchées au monde et, malheureusement, le virus n'a pas épargné ma famille. Le père de ma femme, le grand-père de mes enfants, il y a un mois, est décédé d'une infection pulmonaire à cause de Covid. C'était une situation très difficile comme vous pouvez l'imaginer. Après sa mort, il n'a pas été possible de voir le corps, il n'a pas été possible d'organiser un enterrement, il n'était surtout pas possible d'être proche de la mère de Susanna. Très douloureux.Dans tout cela, le travail peut offrir un répit.
Cela vous a-t-il empêché de dessiner, créer?
De toute évidence, le deuil peut empêcher les activités normales mais, en ce qui concerne l'enfermement et la quarantaine, ils n'ont pas changé mes habitudes. Je dessine (beaucoup) et j'écris (un peu moins) comme toujours, avec la même envie de toujours. C'est ce qui me fait vivre.
Giorgio, je sais que vous êtes archéologue, écrivain, scénariste et dessinateur de bd. Pouvez-vous nous raconter votre parcours professionnel jusqu'à l'aventure Alix?
En bref, j'ai étudié l'histoire médiévale à l’Université de Milan dans les années 90, ayant déjà l'idée de dessiner en archéologie. Je me suis alors consacré à la restitution graphique des sites archéologiques et plus précisément des espaces architecturaux. L'idée de combiner histoire et dessin a toujours été une maladie pour moi! J'ai ainsi commencé comme illustrateur scientifique dans le monde de l'édition, italien et étranger, comme le National Geographic.
Chantier de la basilique San Vitale
J'ai également une autre passion : l'histoire militaire. Au début des années 2000, j'ai fondé avec quelques amis et collègues un magazine sur ce sujet: Focus Wars. Cette passion est l'un des points communs que je partage avec David B. et c'est ainsi que notre amitié a débuté. J'ai donc toujours travaillé en alliant dessin et histoire, parfois en illustrant, parfois en écrivant. Par ailleurs, il y a un point fondamental dont je veux parler, c'est mon intérêt pour la bande dessinée ,surtout la franco-Belge... et ce n'est pas tout à fait évident pour un Italien! Ainsi, j'écris et dessine des bandes dessinées. A Milan, je partage mon atelier, « Studio Capurso » avec des auteurs très talentueux dont beaucoup travaillent également en France : Gregory Panaccione, avec lequel nous produisons la série « Chronosquad » chez Delcourt, Alfio Buscaglia, Pasquale Del Vecchio, Roberto Zaghi, Blasco Pisapia et aussi Alexis Bacci. Travailler côte à côte avec eux est très stimulant !Et heureusement, j'avais commencé par "en bref"!
Soldat romain par Giorgio Albertini
Cavalier Parthe par Giorgio Albertini
Parlez nous de votre sensation face au style graphique de Jacques Martin, style qui a énormément évolué en plus de 60 ans de carrière. N'est-ce pas intimidant de dessiner une telle série?
Avoir la possibilité de dessiner un Alix était pour moi,en même temps, un grand honneur et une grande responsabilité. Inutile de dire à quel point la figure de Martin a été immense dans l'histoire de la bande dessinée. Sa recherche d'une union entre Histoire et divertissement a été un phare pour tout mon travail,et ce, depuis toujours. On peut imaginer à quel point il est intimidant de me comparer à son travail, et aussi au travail de ses successeurs. Pour cette raison, dans la recherche d'un style graphique,j'ai regardé en arrière, vers les années 50, vers les origines, au moment où Martin lui-même cherchait sa propre voie.
Story-board d'un "Dieu sans nom"
Avez-vous un album d'Alix fétiche ?
J'ai rencontré Alix enfant, en France, par des cousins de mon père. Je ne lisais pas le français mais la force des images, le réalisme des thèmes et des lieux m'avaient choqué (par rapport à Astérix, que j'aimais beaucoup mais c'était autre chose,plus lié à mes yeux, à une sphère infantile) .
J'ai donc essayé de collectionner tous les Alix, en édition française car en Italie il a toujours été mal publié. Depuis lors, mes albums préférés, d'un point de vue graphique sont les premiers ; disons de « L’ile maudite » jusqu'à « Iorix le Grand ». J'ai une passion tout particulière pour « La tiare d’Oribal » où l’articulation entre Martin et Jacobs crée une ambiguïté très précieuse pour moi. Presque un distillat de pure ligne claire.
Avec David B, vous travaillez sur une nouvelle aventure d'Alix qui sortira à l'automne prochain. Pouvez-vous nous en résumer l'intrigue?
Bien sûr. Ce deuxième volume verra les aventures d'Alix continuer parmi les peuples des steppes asiatiques. Nous avions quitté Alix et Enak à la fin de la bataille de Zela et nous les retrouvons dans la Crimée du premier siècle avant JC, envoyés comme ambassadeurs de Rome parmi les Sarmates. Beaucoup de choses et de rencontres se produiront, surtout une, inévitable avec un personnage de Veni Vidi Vici, qui en ménera Alix et Enak dans l'immensité du Nord, dans la taïga.
"Le dieu sans nom", Alix, David B/Albertini/Casterman
Comment collaborez-vous avec David B? Intervenez-vous dans l'écriture du scénario?
Avec David, nous avons une grande amitié et notre premier plaisir et de pouvoir partager la réalisation de cet Alix. Notre travail commence par une idée de David dont nous parlons et sur lequel nous comparons les sources historiques et ce que nous voulons dire. Après cela,c'est David qui travaille! Il réalise le script en écrivant et en dessinant de magnifiques story-boards. Plus tard, je les réinterprète en adaptant le storyboard aux besoins de la mise en scène. On fait tout ça en restant toujours en contact et en nous comparant continuellement..
Dessiner Alix est un travail très lourd. Avez-vous des assistants?
C'est un travail lourd mais très gratifiant. Je travaille tout seul sur le dessin mais je suis aidé pour la réalisation des couleurs par deux collègues de l'atelier : Valentina Moscon et Vanessa Belardo. « Bravissime »!
"Le dieu sans nom", Alix, David B/Albertini/Casterman
Comme je le disais, vous êtes archéologue de profession. Comment conciliez-vous vos 2 professions? L'archéologue prend-il le pas sur l'artiste?
Alix est, pour moi, essentiellement une extension de mes travaux archéologiques. C'est la version narrative et séquentielle de ce que nous savons sur le monde antique, de ce que nous imaginons, de ce que nous voulons dire. C'est l'union parfaite entre l'archéologue et l'artiste.
Merci Girorgio pour ces réponses et félicitations et merci d'avoir répondu en français!
"Le dieu sans nom", Alix, David B/Albertini/Casterman







