Pierre Forni, Clovis, Alix et Jacques Martin
Pierre Forni, l'inspirateur de l'exposition Ave Alix dans les années 80, auteur des lettres écrites par Alix dans L'odyssée d'Alix revient sur ses années où il a côtoyé le grand homme.
Son texte est accompagné de dessins et de photos inédites. Un bon complément à la monographie de
Patrick Gaumer, Le voyageur du temps.
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1980.
Un an après sa création, la toute jeune Association Française d’Archéologie Mérovingienne
(l’AFAM) décida de célébrer dignement le 1500 e anniversaire de l’avènement de Clovis que ses
rudes guerriers avaient hissé sur le pavois un jour de l’an 481 ou 482. Pour de nombreux
spécialistes du Haut Moyen Âge, cette célébration apparaissait comme une occasion inespérée de
parler au grand public d’une période obscure et méconnue de notre histoire nationale. À l’issue
de généreuses agapes, nous décidâmes donc, Patrick Périn, conservateur du département
archéologique du Musée Carnavalet, quelques-amis archéologues et moi-même de créer
l’association Clovis dont l’objectif affiché était d’œuvrer à la réhabilitation des temps
mérovingiens. Lancée comme une blague un peu potache, cette initiative gagna en crédibilité
lorsqu’une trentaine de personnalités, sollicitées pour participer au comité de parrainage du 1500 e
anniversaire, répondirent favorablement à notre invitation. Parmi celles-ci figuraient Pierre
Mauroy, Premier Ministre de François Mitterrand, l’historienne Madeleine Rebérioux ou le
comédien Jean-Marc Thibault, co-auteur avec son complice Roger Pierre d’une série télévisée
parodique, les « Maudits rois fainéants ». Quelques mois plus tard, une exposition consacrée à la
civilisation mérovingienne voyait le jour dans le hall d’échange très fréquenté de la station
Châtelet les Halles. Intitulée Métrovingiens, elle comportait notamment une pièce spectaculaire, la
reconstitution du costume de la reine Arégonde, belle-fille de Clovis dont la tombe avait été
découverte trente ans plus tôt dans le sous-sol de la basilique royale de Saint Denis. Cette
expérience réussie qui mêlait connaissances scientifiques rigoureuses et reconstitutions artistiques
nous incita à renouveler l’expérience en nous intéressant cette fois à l’antiquité romaine. En effet,
lors de la préparation de l’exposition, nous avions constaté que la plupart de nos collègues
possédaient, à côté des ouvrages scientifiques de leur bibliothèque, la collection complète des
aventures d’Alix. L’exposition « Ave Alix » et ses nombreuses déclinaisons qui allaient nous
occuper durant près de cinq ans naquit ainsi de la rencontre entre ces historiens amateurs de
bande dessinée et un dessinateur féru d’histoire antique. Restait à convaincre le maître de
Bousval. Clovis me confia cette mission. Je l’acceptai avec beaucoup d’enthousiasme et une petite
dose d’anxiété, Jacques Martin ayant alors la réputation d’être très sourcilleux sur l’utilisation de
son œuvre.
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Affiche de l’exposition Métrovingiens réalisée en 1982 par le graphiste Thierry Célestine
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Patrick Périn, conservateur du département d’archéologie du musée Carnavalet face à la reconstitution du somptueux costume de la reine Arégonde.
Premiers contacts avec Jacques Martin
Convaincu par le sérieux de notre projet, le sympathique Louis Gérard, directeur commercial des éditions Casterman, qui souhaitait depuis longtemps rendre hommage à l’un de ses dessinateurs vedettes, facilita notre rencontre. À ma grande satisfaction ce premier entretien, où nous échangeâmes longuement sur l’histoire de Rome, se déroula au mieux. Je profitai de cette bonne ambiance pour égrener nos propositions. S’il en acceptait le principe, l’exposition que nous souhaitions consacrer à l’univers d’Alix se déroulerait à Paris dans un lieu prestigieux, un comité scientifique travaillerait sur son œuvre et, comme on le faisait sur le vieux forum romain, on élèverait une statue grandeur nature en l’honneur de son héros. Le 30 octobre 1982, je reçus sa réponse. En voici un extrait :
« Je souscris pleinement au programme que vous me donnez là concernant le projet « Ave Alix » et il va de soi que je vous fournirai les illustrations et dessins originaux souhaités … Je suis particulièrement heureux de figurer éventuellement à l’école des Beaux Arts de Paris car, pour moi, cela a toujours représenté un haut lieu où il m’aurait plu de passer une partie de ma jeunesse ! Hélas, le sort en a décidé autrement et cette exposition serait une belle revanche sur la destinée ! … J’ai entamé « Vercingétorix » et j’envisage toujours de faire passer mes personnages par « Parisii » et si vous pouvez parachever ma documentation à ce propos je vous en serais reconnaissant ».
Ce feu vert nous permit de lancer l’opération. Elle allait se révéler pleine d’imprévus mais très exaltante. Lâchés en rase campagne par les Beaux-Arts, nous obtînmes presqu’aussitôt, grâce au soutien de l’historien Claude Manceron, la Chapelle de la Sorbonne, un lieu emblématique et monumental qu’un jeune scénographe, Rémi Varoutsikos, tout juste diplômé de l’École spéciale d’architecture allait devoir occuper. C’est lui qui imagina le cheminement labyrinthique et la fameuse chambre des fantasmes, une pyramide dorée consacrée à la vie amoureuse d’Alix et à l’univers érotique des Romains.
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Scénographiée par Rémi Varoutsikos, l’exposition occupait la totalité de la Chapelle de la Sorbonne.
La statue d’Alix
Très excité par la perspective de donner une troisième dimension à son personnage, Jacques Martin s’était mis rapidement au travail élaborant plusieurs projets dont un groupe ambitieux représentant Alix et Enak. Tandis qu’il travaillait, je m’étais mis en quête d’un sculpteur capable d’incarner son héros de papier. Un ami, membre de l’atelier de moulage du Louvre, me présenta Jean-Paul Réti, ancien lauréat de la villa Médicis qui venait de réaliser dans son atelier de la Cité des Arts une statue grandeur nature de Pierre Richard apparaissant dans un film dont j’ai oublié le nom. Dans le catalogue de l’exposition « Ave Alix », Gérard et Dominique Guégan ont consacré un reportage à la fabrication de la fameuse statue d’Alix. On y voit présenté sous la forme d’un roman-photo, la statue d’Alix prendre forme. Le jeune gaulois y est figuré dans une pose héroïque tenant à gauche un casque à plumet, à droite une lance. Ce modèle est une déclinaison du dessin que le maître avait conçu l’année précédente pour l’exposition « La Laurentine et l’invention de la villa romaine » qui s’était tenue au début de l’année 1983 à l’Institut français d’architecture. Enfin, un jeune footballeur athlétique, William, accepta de poser pour Jean-Paul Réti. En visite à Paris, Jacques Martin se rendit dans l’atelier du sculpteur et après l’avoir longuement examiné valida son œuvre à une réserve près qu’il formula dans une lettre datée de septembre 1983. « Je préfère la statue d’Alix sans le plumet ». Une paille ou plutôt une plume au regard du challenge que constituait son approbation.
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Entouré de Jean-Paul Réti et de Pierre Forni, Jacques Martin présente les premières esquisses de la statue.
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Jacques Marin, le sculpteur Jean-Paul Réti et Patrick Fouasson, membre de l’équipe Clovis.
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Le dernier dessin réalisée par Jacques Martin pour la statue d’Alix
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Dessin exécuté pour l’exposition sur la villa de Pline, La Laurentine, qu’Alix présente sur un plateau.
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William qui a posé pour le sculpteur Jean-Paul Réti dans la tunique d’Alix.
Le même entouré des deux héros que Jacques Martin à notre demande a imaginé vêtu comme des lycéens des années 1980.
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Quatrième de couverture du catalogue de l'exposition Avé Alix
La querelle de l’Acropole
En décembre 1983, alors que nous mettions une dernière main au catalogue, un psychodrame inattendu faillit bouleverser tous nos plans. Page après page, la publication s’étoffait et nous étions convenus, dans le cadre d’un gentleman agreement, que Jacques Martin pourrait relire les articles de nos auteurs afin d’y apporter, éventuellement, quelque correctif. Le dernier article que nous lui soumîmes, « Un rêve archéologique », signé par Jean-Pierre Adam, déclencha toutefois une colère mémorable du maître. Archéologue et architecte, l’auteur de ce texte s’était rendu célèbre en publiant quelques années plus tôt un livre polémique, « L’archéologie devant l’imposture », dénonçant avec humour les « calembredaines » de certains auteurs, tel Robert Charroux, sa principale tête de turc, qui à travers ses best-sellers diffusait la théorie, toujours en vogue, des anciens astronautes. Les choses pourtant avaient bien commencé. Jean-Pierre Adam en effet, introduisait son article en rendant un hommage appuyé aux intuitions de Jacques Martin et en évoquant leurs nombreux échanges à propos des costumes militaires de l’époque républicaine ou de la reconstitution visionnaire de la forteresse de Kydna, devenue dans l’œuvre du père d’Alix la cité fortifiée du « Dernier Spartiate ». Voulant terminer son texte sur une note plus légère, Jean-Pierre Adam, ironisa sur la reconstitution anachronique de l’Acropole telle qu’elle apparaît dans « L’Enfant Grec », exécutée d’après un guide touristique de N. Gouvoussis « si fidèlement reproduit, écrivait Jean-Pierre Adam, que l’on y trouve aussi les contreforts construits par les Turcs et les Vénitiens … et mieux encore, le musée archéologique inauguré en 1953 ! ». Jacques Martin n’accepta pas cette remarque malicieuse qui écornait son image de chercheur rigoureux. Un échange de lettres, de plans et de compte rendus de fouilles, plusieurs allers-retours entre la Belgique, les bureaux de Casterman et ceux de Jean-Pierre Adam ne suffirent pas à infléchir la détermination des deux protagonistes de cette querelle picrocholine. Face au veto de Jacques Martin et à l’intransigeance de l’archéologue, Louis Gérard consentit à m’épauler dans cette difficile négociation. Si Jean-Pierre Adam n’amenda pas son texte, Jacques Martin put indiquer dans un encadré « qu’il n’acceptait ni les critiques, ni l’argumentation de Jean-Pierre Adam ». Cela fait, on put enfin donner le signal de l’impression.
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La seule version polychrome du buste d'Alix
Jacques Martin, chevalier des Arts et Lettres
Moins de deux semaines avant l’inauguration prévue pour le 12 janvier 1984, l’université de la Sorbonne nous remit les clés de la Chapelle. La construction commença dans la foulée. Elle ne s’acheva que quelques minutes avant l’arrivée du ministre de la Culture.
Depuis qu’il occupait cette fonction, Jack Lang faisait feu de tout bois afin de valoriser des expressions culturelles et artistiques négligées par ses prédécesseurs : cuisine, mode, arts de la rue ou street art. La bande dessinée dont un ancien adjoint à la culture d’Angoulême, David Caméo, avait la charge, faisait partie de ses chouchous. Après avoir déambulé un long moment dans l’exposition, le ministre prit la parole sur une estrade dominée par la statue d’Alix. Voici un extrait de son discours : « L’œuvre de Jacques Martin, plus que toute autre, allie à son aspect profondément pédagogique une qualité émotionnelle et esthétique remarquable… Dans Alix, la fiction est aussi la peinture du réel. Le réel historique prend corps dans la fiction, dans celle du héros dont le père, que je salue avec admiration doit être remercié comme il convient. C’est pourquoi, j’ai le plaisir aujourd’hui de remettre l’insigne de chevalier des Arts et Lettres à l’un des plus grands dessinateurs de bande dessinée du XXe siècle. Baignés de classicisme et d’érudition historique et littéraire, les nombreux volumes des aventures d’Alix sont, chacun, un chef d’œuvre de vérité documentaire et plastique … ». En dépit de ses éloges et du succès de l’exposition parisienne, Jacques Martin restait marqué par la querelle de l’Acropole. Dans une lettre daté du 18 janvier 1984, il revenait sur la polémique déplorant que « le fantastique travail » accompli par Clovis ait été en partie gâché par des « éreintages qui n’avaient pas leur place dans ce contexte ». La suite de l’aventure devait heureusement effacer ce mauvais souvenir.
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Déambulation dans l’exposition. De gauche à droite, Jacques Martin, Louis Gérard (l'éditeur de J.Martin chez Casterman) et Jack Lang.
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Devant la statue d’Alix, Jack Lang s’apprête à faire Jacques Martin, chevalier des Arts et Lettres.
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Visite de l’exposition. De gauche à droite, Louis Gérard, directeur commercial des éditions Casterman, Jacques Martin, le ministre Jacques Lang, le scénographe Rémi Varoutsikos et Pierre Forni.
Les voyages d’« Ave Alix »
Durant cinq ans « Ave Alix » circula, chaque fois dans des versions à différentes en France, en Belgique et en Tunisie. Chacune de ces étapes, en particulier lorsque l’exposition était accueillie dans des musées permettait de valoriser les richesses archéologiques locales et d’organiser, souvent en présence de Jacques Martin, des animations sur le thème de l’Antiquité, ateliers, séances de dédicaces, conférences ou festivals cinématographiques consacrés aux peplums. Au début de l’année 1985, « Ave Alix » fit une halte à Rouen, dans le musée archéologique dirigé par un conservateur, martinien de la première heure, Patrick Périn, co-fondateur de l’association Clovis qui mit ses riches collections au service de l’exposition. Jacques Martin réalisa une très belle affiche représentant les deux héros arrivant dans l’ancienne capitale des Véliocasses. À Rouen, Jacques Martin avait été accueilli par Jean Lecanuet. Il le fut à Bordeaux, au cours d’une visite éclair par Jacques Chaban Delmas.
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« Ave Alix » à Bordeaux. Au premier plan Pierre Forni entouré du maire de la ville Jacques Chaban-Delmas et de Jacques Martin.
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Quelques mois plus tard, l’étape clermontoise, nous permit d’évoquer la figure légendaire du colosse des Arvernes. Dans son Histoire Naturelle en effet, Pline l’Ancien affirme qu’une centaine d’années après Alésia, ce peuple désormais bien intégré dans l’Empire, demanda au sculpteur grec Zénodore d’élever au sommet du Puy de Dôme, une statue de Mercure, avatar romain du grand dieu des Celtes, Lug. Si Pline donne quelques détails sur la durée du chantier - dix ans- ou le coût faramineux de l’œuvre - quatre cent mille sesterces -, il ne dit rien en revanche de l’aspect du colosse qui selon certains s’inspirait d’un original grec de Polyclète. Il était donc séduisant de proposer à Jacques Martin d’en tenter la reconstitution. Le père d’Alix demanda à Gilles Chaillet de travailler avec moi sur ce projet qu’il supervisa de bout en bout. S’il existait des restitutions crédibles du temple, notamment celle de Désarménien réalisée en 1923, personne encore n’avait dessiné la statue. En m’appuyant sur les travaux de Stéphanie Boucher, spécialiste des bronzes antiques de Gaule romaine, je choisis un type de Mercure attesté uniquement en Gaule et dont on a trouvé plusieurs dizaines d’exemplaires sur notre territoire. Dans cette version, le dieu apparaît nu, présentant une bourse dans la paume de sa main droite, une paires d’ailes jaillissant directement de sa tête. Généreusement, Jacques Martin et Gilles Chaillet nous permirent d’éditer ce grand dessin dont on trouve encore des exemplaires sur le net. Zénodore fut ensuite embauché par Néron pour lequel il réalisa une statue colossale de cet empereur que Gilles Chaillet a représentée à la page 110 de son livre « Dans la Rome des Césars » parut en 2004 aux éditions Glénat.
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Une reconstitution du temple de Mercure par Désarménien
et le même temple imaginé par Gilles Chaillet et Jacques Martin vu sous un autre angle.
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Le petit bronze du musée Carnavalet qui a servi de modèle pour la reconstitution du colosse des Arvernes.
« Ave Alix » à Carthage »
La tournée culmina enfin lors des cérémonies du 28e centenaire de la fondation de Carthage en 1986, dont l’exposition « Ave Alix », constitua l’un des temps forts. Très inspiré par cette nouvelle aventure Jacques Martin travailla avec des archéologues locaux pour reconstituer la rue principale de la Carthage punique bordée de maisons roses qui conduisait au sommet de la colline de Byrsa. Il réalisa également une grande image d’un des héros nationaux tunisiens, le prince Jugurtha, qui tint longtemps tête aux Romains.
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Très entouré, Jacques Martin déambule à travers les ruines de Carthage.
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Tel Scipion méditant sur les ruines de la cité punique, Jacques Martin contemple celle de la Carthage romaine.
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Le dépliant officiel de l’exposition sur lequel figure une reconstitution de la ville punique.
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Le héros numide Jugurtha, résistant à l’occupation romaine vu par Jacques Martin.
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Martin présente à la presse sa reconstitution de la ville punique.
Clovis s’arrête mais l’aventure continue
Tandis qu’ « Ave Alix » continuait de circuler, l’association créait d’autres expositions consacrées à l’histoire et à ses représentations artistiques telles que « Bourgeon à Hune » construite autour de la saga des « Passagers du Vent », «Voyageurs Immobiles » ou « Pierre Joubert, illustrateur de l’Histoire » avant de se spécialiser dans la bande dessinée elle-même avec des réalisations telles que la célébration des dix ans de la revue « À suivre » - à travers dix dessinateurs emblématiques - ou la construction d’un musée éphémère censé immortaliser l’œuvre d’Enki Bilal. Après 10 ans d’activités, Clovis cessa de fonctionner en 1991. Une partie de l’équipe reprit ses activités dans un cadre associatif avec une nouvelle structure, IDBD, présidée par Patrick Fouasson qui travailla longtemps avec Patrick Gaumer et le festival de bande dessinée de Blois, une autre dirigée par Didier Moulin, Mérimée conseil, toujours en activité, s’est spécialisée dans l’ingénierie touristique et culturelle en gardant néanmoins un lien fort avec la bande dessinée qu’elle sert depuis quinze ans en participant chaque année au Comic-Salon d’Erlangen en Allemagne.
Dernières collaborations avec Jacques Martin
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Même si j’en avais très envie, je ne pense pas que j’aurais pu proposer un scénario à Jacques Martin qui, à l’époque, adorait concevoir ses propres histoires et n’envisageait nullement de confier ses enfants à d’autres scénaristes. J’aurais sans doute eu plus de chance avec Gilles Chaillet avec lequel j’ai passé de longues et chaleureuses soirées à échanger sur notre commune passion pour l’Empire romain et pour la période méconnue du Bas-Empire et des grandes invasions. Gilles avait notamment accepté d’illustrer un article que j’avais écrit sur la prise de Rome en 410 ou de réaliser pour la revue TDC (Textes et documents pour la classe), une reconstitution de Lutèce à l’époque du Haut Empire. Avec Jacques Martin, j’ai surtout travaillé sur le grand album, L’Odyssée d’Alix paru en 1987 chez Casterman. Cet album géant reprend en grande partie des images que le maître avait créées en d’autres occasions telles que la rue de Carthage ou les thermes et le tombeau d’Alexandre figurant déjà dans le porte-folio « Scènes de la vie antique » publié par Alain Littaye en 1983. À partir de ces images, j’ai proposé à Jacques Martin d’imaginer un voyage des deux héros de l’occident aux confins du monde rythmé par des lettres qu’Alix, à l’instar de Pline le Jeune, écrirait à ses correspondants. L’idée à tout de suite séduit Jacques Martin qui, toutefois, s’est réservé le droit d’y ajouter sa patte. Ce livre qui sera suivit en 1999, d’un nouvel opus épistolaire, L’Odyssée d’Alix 2, de Christophe Simon et Jacques Martin est à l’origine des voyages d’Alix. En 1989, « Ave Alix » fit un dernier voyage à Tourcoing. J’avais quelque temps plus tôt rencontré l’éditeur Alain de Bussac qui réalisait de très belles maquettes à construire soi-même sur les principaux monuments français. Je lui suggérai de rencontrer Jacques Martin pour lui proposer de travailler sur les plus célèbres monuments de l’Antiquité en commençant par les Sept merveilles du monde. L’entente fut cordiale et immédiate, mais Jacques Martin qui connaissait bien l’Égypte préféra inaugurer cette collaboration en réalisant la maquette du tombeau de Toutankhamon. À ma grande surprise, il me laissa carte blanche sur le texte qu’il illustra de sept dessins. Dans cette histoire, c’est par le rêve que nos deux héros de papier assistent aux préparatifs d’inhumation du jeune pharaon. Axé sur Toutankhamon, plutôt que sur Alix, dont le nom n’apparaît pas sur la couverture, ce beau travail ne rencontra pas son public et de nombreux exemplaires finirent au pilon. On en trouve toutefois encore sur le net pour le plus grand plaisir des fans habiles et patients. Après cette dernière collaboration, nos relations se sont espacées. Je me suis éloigné de la bande dessinée mais pas de l’histoire romaine que j’ai continué de servir à travers deux romans situés à l’époque des Sévères et trois biographies. Les deux premières sur l’empereur Caracalla et la dynastie des Sévères, personnages hauts en couleur en couleur qui apparaissent dans la série de Gilles Chaillet « La dernière prophétie », le troisième consacré aux 27 impératrices romaines du Haut Empire qui paraîtra cet automne. En dehors de beaux souvenirs, il me reste un dessin que le père d’Alix m’a offert en signe d’amitié à la fin des années 1980, un portrait en pied d’Alix et d’Enak, qu’il a réalisé à partir d’une photo du célèbre groupe antique « Oreste et Pylade » que je lui avais envoyée. Symbole de l’amitié inaltérable qui, comme celle d’Alix et Enak, liait ces deux héros de la mythologie ce dessin est peut-être le premier d’une série qu’il a, semble-t-il, assez souvent reproduit. Une déclinaison en couleur de ce dessin apparaît ainsi en page 21 du livre que les éditions Taschen ont consacré en 1997 à l’œuvre des photographes Pierre et Gilles.
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Alix et Enak aux pigeons, inspiré par ce groupe statuaire antique.
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Le groupe antique représentant Oreste et Pylade, conservé au musée de Madrid.
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Une version postérieure du dessin en couleur.
Pierre Forni a publié deux romans des temps sévériens : « Les Sortilèges d’Andrasta », éditions Max Milo en 2002 et « La Vénus d’Albâtre », éditions Tautem en 2018 et deux biographies : « Caracalla » et « Les Sévères », éditions Ellipses en 2021 et 2022. Un troisième ouvrage sur « Les impératrices romaines du Haut Empire » paraîtra à l’automne prochain chez le même éditeur.
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