Le vernissage de l’exposition « Alix en Helvétie » a eu lieu le soir du 31 octobre 19 au Musée Romain d’Avenches.

Cette exposition présente une dizaine de planches du nouvel album d’Alix intitulé « Les Helvètes », de Marc Jailloux, et une trentaine de dessins des trois dessinateurs du Voyage d’Alix intitulé « L’Helvétie », qui sont Marco Venanzi, Exem et Frédéric Toublanc. Elle sera ouverte du 1er novembre 2019 et 15 mars 2020.

Pendant cette manifestation, notre reporter Raymond Larpin a interviewé Christophe Goumand, qui est archéologue et également auteur du texte de l’album « l’Helvétie ».

Christophe Goumand 3

Christophe Goumand, vous êtes à la fois un amateur d’Alix et un archéologue, mais dans quel ordre l’êtes-vous devenu ? Etes-vous un admirateur de la série Alix qui est devenu archéologue, ou au contraire un archéologue qui s’est ensuite passionné pour l’œuvre de Jacques Martin ?

Au début, il y a eu la bande dessinée, avec mon intérêt pour Alix bien sûr, et ensuite est venue l’archéologie. Il m’est difficile de vous dire comment m’est venue cette passion pour l’archéologie, mais Jacques Martin y est certainement pour quelque chose, et peut-être même pour beaucoup.

Votre nouveau livre s’intitule « l’Helvétie », mais vous venez de nous apprendre pendant votre discours que l’Helvétie n’existait pas. Pourquoi avez-vous donc choisi ce titre ?

Aujourd’hui, l’Helvétie représente quand même un peu la Suisse. C’est un terme qui est apparu en 1815, lorsque les derniers cantons sont arrivés dans la Suisse, que l’on a refait le pacte fédéral et qu’il y a eu la confirmation de la Suisse en tant qu’état européen. La Suisse est alors devenue la Confédération Helvétique ! Et de même que les gaulois étaient à l’origine de la France, les Helvètes sont devenus nos ancêtres. Il y avait beaucoup de patriotisme à cette époque et l’Helvétie est bien sûr un concept né pendant le XIXe siècle. Et nous l’avons repris comme titre de notre livre, en expliquant que l’Helvétie n’a par ailleurs jamais existé. Il y a eu surtout un peuple helvète, dont Jules César parle dans la « Guerre des Gaules », qui occupait le plateau suisse mais pas du tout le territoire de la Suisse actuelle. Si nous avions voulu éviter éviter ce mot, il aurait alors fallu parler d’un voyage d’Alix en Suisse, mais la Suisse n’existait pas non plus au temps des Romains. Alors, nous avons finalement choisi le titre « l’Helvétie », même s’il est imparfait.

Venanzi 

Dessin à l'encre de Marco Venanzi exposé à l''exposition

Combien de temps vous a-t-il fallu pour préparer cet album ?

Eh bien, c’est difficile à dire ! En fait, cet album s’est préparé pendant une quinzaine d’années. Je veux dire par là qu’au départ, c’est Jacques Martin qui m’avait parlé de ce projet. Il m’avait même écrit une lettre officielle, en me demandant de concevoir un « Voyage d’Alix » situé en Suisse. Et j’ai ainsi commencé à penser et à préparer ce livre à ce moment-là, mais Jacques Martin m’a alors avoué qu’il n’avait pas de dessinateur, et le projet s’est arrêté. Quelques années après, on m’a proposé un dessinateur qui était Frédéric Toublanc et le travail a redémarré. Toublanc a effectué quelques dessins puis il nous a quittés pour un autre projet qui était « Tanguy et Laverdure », et mon album à de nouveau été mis en veille. Et puis il y a eu cette aventure d’Alix chez les Helvètes, dessinée par Marc Jailloux, qui a fait redémarrer la chose. Maintenant, vous dire combien de temps il m’a fallu pour faire cet album, c’est bien difficile !

Eh bien, 15 ans ! (rires)

Oui, mais pas de manière continue, je vous rassure. Ceci-dit, il y a eu quand même énormément de travail.

TOUBLANC

Marco Venanzi vit en Belgique tandis que vous vivez en Suisse. Comment avez-vous fait pour collaborer ?

Eh bien, il y a Internet aujourd’hui et c’est assez facile. On a eu beaucoup de contacts par e-mail, et j’ai facilement pu lui envoyer des croquis, ainsi que toute la documentation que j’avais scannée. De son côté, il m’a envoyé ses croquis de la même manière, sur lesquels je faisais des corrections ou des annotations. Toutefois, Marco Venanzi est un dessinateur qui a une grande habitude du monde romain. Il avait déjà dessiné des aventures d’Alix, et c’était donc plus facile de travailler avec lui qu’avec Frédéric Toublanc. Ce dernier avait dessiné des aventures de Vasco, et il avait tendance à me mettre du mobilier médiéval au milieu des bâtiments romains. (rires) Tandis qu’avec Marco, on voyait qu’il avait beaucoup d’expérience. Il avait souvent de bonnes idées et j’ai eu peu de correction à faire dans son travail.

Un tel livre exige de faire un gros travail de reconstitution, que ce soit pour les monuments ou pour les maisons. Comment avez-vous fait ? Avez-vous utilisé des reconstitutions qui existaient déjà, ou est-ce que vous avez tout imaginé ?

Il y avait des reconstitutions qui existaient déjà, et nous n’avons bien sûr pas cherché à réinventer la roue. Nous nous sommes donc appuyés sur ce qui existait. Mais pour le reste, eh bien oui, il fallait imaginer et reconstituer ce qui manquait et il y a eu différents cas de figures. Par exemple, il y a le cas du marché de Nyon pour lequel il existait déjà une reconstitution qui ne me plaisait pas du tout, parce qu’elle n’était pas assez proche de la réalité. Un marché, c’est un bâtiment qui existe surtout au sud des Alpes, donc dans le pourtour méditerranéen, et il n’y en a pas dans le nord des Alpes. Celui de Nyon est en fait le seul exemple connu pour ce style de bâtiment, et l’architecte qui en avait fait la reconstitution avait dessiné un toit complet. Mais si on compare ce travail avec les autres bâtiments qui ont toujours une cour centrale, cela ne pouvait pas être comme ça. J’ai donc changé cette reconstitution. J’ai ensuite demandé d’autres avis à des spécialistes en architecture romaine, et ces gens étaient d’accord avec ma conception. Mais bien sûr, on ne saura jamais parfaitement comment cela se présentait en réalité !

avanches

Extrait du Voyage d'Alix

J’ai été surpris de découvrir qu’Exem avait participé à cet album. Était-ce votre idée d’inviter ce dessinateur ?

C’est-à-dire que Casterman et les enfants de Jacques Martin auraient voulu qu’un dessinateur suisse fasse cet album. Et il y a peu de bons dessinateurs en Suisse, surtout dans le genre « école franco-belge ». Alors on a demandé à Exem, qui excellait dans ce style, et il a tout de suite dit oui ! Mais Exem avait un défaut, qui est aussi une qualité, c’est qu’il dessinait très méticuleusement, et ce travail lui prenait donc beaucoup de temps. Par ailleurs il était très occupé car il avait beaucoup de demandes, et beaucoup de tâches fixes qu’il effectuait chaque année, et il lui restait peu de temps libre. Et ainsi il a voulu essayer parce qu’il était vraiment intéressé, mais il s’est vite rendu compte que ça ne marchait pas. Il a fini par passer la main, mais il nous a quand même laissé un dessin tout à fait achevé.

EXEM-Alix+Enak

Dessin à l'encre d'Exem

Et ceci s’est passé avant l’intervention de Marco Venanzi ?

Oui, c’était avant Venanzi. Mais ceci dit, il faut avouer qu’Exem a fini son dessin il y a peu de temps.

Vous avez déjà organisé plusieurs expositions consacrées à Alix. Il y a eu « ArchéoAlix », organisée à Nyon en 2012, puis « Alix Héros de l’Antiquité » qui a été montée à Bram tout récemment. Avez-vous encore d’autres projets dans le même genre ?

Eh bien… je ne sais pas. J’ai en tout cas des idées, c’est certain, mais elles ne sont pas encore au stade d’un projet. Une exposition, cela prend du temps, et il faut aussi des circonstances qui soient favorables.

Vous avez rencontré Jacques Martin dans le passé, en particulier lors des réunions des Enfants d’Alix. Que gardez-vous comme souvenir de ces rencontres avec Jacques Martin ?

Pour moi, c’était un monstre sacré de la bande dessinée et j’ai été surpris de rencontrer quelqu’un de tout à fait abordable. Quand je l’ai rencontré pour la première fois, c’est à peine si j’osais lui dire bonjour. Puis je lui ai confié que j’étais étudiant en archéologie, et il s’est montré très intéressé. Puis en partant, il m’a dit : « ah, j’ai mon numéro de téléphone dans le bottin ! Alors, appelez-moi et on pourra continuer la discussion ! » Il était vraiment très ouvert et sa conversation était intéressante. Il avait toujours des tas d’histoires à raconter et il adorait rencontrer les gens. Et puis, j’avais un statut un peu particulier puisque j’étais archéologue. Il était avide d’informations et me posait toujours beaucoup de questions : « pourquoi ceci ? Pourquoi cela ? » Et parfois, bien sûr, je ne pouvais pas lui répondre.

vene 

Le site du Vallon des Vaux

C’était une belle époque. Terminons avec une petite question anecdotique ! Est-ce que vous lisez toujours de la bande dessinée ?

Oui, bien sûr ! Je lis en particulier les histoires d’Alix, et tout ce qui provient de Jacques Martin, évidemment ! Je suis plutôt amateur de la bande dessinée classique franco-belge, mais je suis aussi ouvert à d’autres choses. J’aime découvrir d’autres BD, mais j’ai un peu gardé mon âme d’enfant et ceci me ramène aux œuvres classiques.

Serait-ce un jardin secret ?

Oui, si on veut ! Mais je me dévoile quand même de temps en temps, avec des projets comme celui-là.

Merci beaucoup, Christophe Goumand !

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