Au mois de d'avril prochain sortira la nouvelle aventure de Lefranc, "La stratégie du chaos". Pour ces fêtes de fin d'année, Roger Seiter et Régric nous dévoilent quelques secrets de fabication.... Et Régric nous gâte en nous dévoilant deux planches de cet album...

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Régric et Seiter au château du Haut-Koennigsbourg. Là où tout a débuté pour Lefranc en 1952..

Roger Seiter , quel est le thème de cette nouvelle histoire? 

Roger Seiter : C’est une histoire qui a, comme d’habitude, plusieurs niveaux de lecture. Il y a d’abord un contexte historique plutôt sympathique avec les JO de Melbourne de 1956. Lefranc, en tant que journaliste, se rend en Australie pour couvrir les jeux. Mais 1956 est également une année un peu spéciale en ce qui concerne la situation politique internationale. En octobre/novembre 1956, il y a à la fois l’entrée des chars soviétiques à Budapest et la crise du Canal de Suez. La seconde guerre mondiale est terminée depuis une dizaine d’années, mais le monde a enchaîné avec la guerre de Corée (1950/1953). La France elle-même, qui est militairement impliquée dans l’affaire de Suez, vient tout juste de sortir de la guerre d’Indochine (1946/1954) pour être aussitôt confrontée à une situation insurrectionnelle en Algérie. La planète n’a jamais été aussi instable et les risques d’une troisième guerre mondiale sont tout à fait réels. C’est cette situation politico-militaire tendue qui explique en grande partie l’aventure dans laquelle Lefranc va être plongée dans « La stratégie du Chaos ».

  Peut-on parler de huit clos pour cette histoire?

Roger Seiter : Oui et non. Oui, parce qu’une bonne partie de l’action se passe à bord d’un mystérieux navire qui hante les mers du sud. Mais en même temps, le récit reste très ouvert sur ce qui se passe ailleurs dans le monde et l’album compte de nombreuses scènes en parallèle qui se passent entre autre en Australie. A la réflexion, l’album a un petit air de « 20 000 lieues sous les mers » …

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  Comment vient l'idée d'une nouvelle histoire ? Vous en avez déjà écrite trois. J'imagine qu'il faut à chaque fois se renouveler complètement. 

Roger Seiter : Comme je suis historien, j’ai un peu tendance à commencer par choisir une période historique dans les années 50 (puisque c’est actuellement le choix du comité) durant laquelle il se passe des choses intéressantes. Il faut aussi que les faits collent avec le « planning » déjà très chargé de Lefranc durant cette période. Comme il n’a pas le don d’ubiquité, il vaut mieux éviter de le situer à deux endroits différents en même temps. Ensuite, avec Régric, nous nous mettons d’accord sur un thème et je construis l’histoire. Dans l’œuvre de Martin, notamment dans les premiers albums, qui se situent justement dans les années 50, Lefranc est souvent confronté à une situation qui menace une population, voire le monde entier et c’est son action qui va rétablir la paix et éviter une catastrophe. J’essaye de rester fidèle à cette démarche initiée par Martin au début des aventures de Lefranc.

 Le comité Martin est-il actif dans le processus de création d'un scénario?

Roger Seiter : Absolument. Je propose des pistes ou des sujets et nous en discutons. Ce sont un peu les « gardiens du temple «  et j’accepte cette logique.

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 Au départ, le titre était "Dossier Armaggedon", puis est devenu "La stratégie du chaos". Pourquoi ce changement?

Régric :Il y a eu pas mal de discussions autour du titre. « Dossier Armaggedon » était donc le titre imaginé par Roger Seiter mais chez Casterman, ils ont pensé que le terme « Armaggedon » allait trop faire penser au film avec Bruce Willys. On nous a donc demandé à Roger et moi de fournir une liste de titres alternatifs. Dans cette liste figurait « La stratégie du chaos ».

 Roger Seiter : Il y avait toute une série de titres possibles. « La stratégiedu Chaos » me convient très bien. L’idée est absolument la même que « Dossier Armaggedon ». Il est normal que l’éditeur intervienne dans le choix du titre 

 

Régric, c'est le 9ème album de Lefranc que vous publiez (6 BD et 3 « Voyages de Lefranc »). Jacques Martin a dessiné 3 albums, Gilles Chaillet, 9 albums. Que vous inspire cette anecdote chiffrée?

Ca m'inspire tout d'abord que le temps passe très vite ! Je me vois encore aller chez Jacques Martin à Bousval, en 2003 pour parler du premier album de cette nouvelle série qu'était « Les voyages de Lefranc ». Je suis très fier des albums BD de Lefranc que j'ai réalisés. J'ai bénéficié de bonnes histoires que je me suis vraiment amusé à illustrer. Et aujourd'hui, je prends toujours autant de plaisir à faire ça.

 Etudiez-vous toujours les albums de vos illustres ainés (Martin, Chaillet, De Moor)?

Eh bien, j'ai toujours un album de Jacques Martin à portée de la main, que ce soit « Le mystère Borg », « L'ouragan de feu » ou  »Le repaire du loup », ce qui ne veut pas dire que je sois tout le temps en train de les consulter. En revanche, quand je veux voir comment Jacques Martin s'y est pris pour dessiner telle ou telle chose, je vais jeter un petit coup d'oeil dans les albums. Il m'arrive aussi d'aller voir dans certains Alix. Il y a toujours quelque chose à apprendre.

 Comme vous le dites plus haut, vous avez travaillé avec Jacques Martin sur les « Voyages de Lefranc ». Mais avez-vous rencontré Gilles Chaillet ? Vous a-t-il donné des conseils pour la reprise de Lefranc?

Régric : J'ai rencontré Gilles Chaillet à deux reprises seulement et je n'ai pas eu l'occasion de parler de Lefranc avec lui. C'est dommage.

 Je crois savoir que l'album de Lefranc que vous préférez est "Le repaire du loup" mais de la période Martin/Chaillet, quel album auriez-vous aimé dessiner et pourquoi?

Régric :J'aurais aimé dessiner « L'oasis », je crois. J'adore dessiner les décors organiques (rochers, arbres, etc...). Avec les couleurs de Chantal Defachelle (Madame Chaillet) cet album me plait beaucoup. De plus, on sent très fort le solide crayonné de Jacques Martin derrière l'encrage de Gilles Chaillet.

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 l y a de nombreux synopsis de Lefranc écrits par Jacques Martin qui existent. Je pense notamment à "La planète rouge" la suite de "L'Apocalypse", "Le Scandalor", dont l'aventure débute à la fin de la guerre 14-18 ou bien « L'ombre de Scarlet". Ne seriez-vous pas tenté de travailler sur ces histoires?

Régric : Pourquoi pas ! Je me souviens de ma dernière rencontre avec Jacques Martin durant laquelle il m'avait parlé longuement du scénario du « Scandalor ». Je ne connais pas le niveau d'avancement de ces notes laissées par Jacques Martin. Il faudrait certainement qu'un scénariste reprenne les idées pour leur donner la forme développée, découpée et dialoguée d'une bande dessinée. De toute façon, c'est le comité qui peut décider d'utiliser un synopsis de Jacques Martin.

 Roger Seiter : C’est une bonne question. Pourquoi pas. Il faudra que j’en discute avec Simon Casterman. L’exercice serait en tout cas intéressant.

 En 2019, il y aura 50 ans que l'homme a marché sur la lune. Et je crois savoir que notre ami Lefranc a très envie de nous parler de la conquête spatiale, n'est-ce pas?

Régric : ll va s'y intéresser mais sous la forme d'un « Reportage de Lefranc ». Je vais réaliser un album sur ce sujet en collaboration avec Pierre-Emmanuel Paulis, le créateur de Tania et intarissable spécialiste de l'espace. Je renoue en quelque sorte avec la collection « Aviation » des « Voyages de Lefranc » puisque Jacques Martin avait imaginé conclure cette série par la conquête spatiale justement. 

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Et en bd , quels sont vos projets à tous les deux?

Régric : Roger Seiter vient d'écrire un nouveau scénario pour Lefranc. L'album paraîtra en 2020. Par ailleurs, je vais avoir à travailler sur une édition de luxe de « Cuba libre » qui montrera le travail de dessin et de documentation sous forme de crayonnés et de croquis ainsi que de photos. Ce livre sera un très bel objet pour collectionneur-fana des aventures de Lefranc et sera publié par les Editions du Long bec. 

Roger Seiter : Je viens effectivement de terminer l’écriture du scénario détaillé d’un quatrième album. Le projet a été accepté par le comité et je vais donc commencer le découpage. Là encore, il s’agit d’un projet assez dense. L’histoire commence en Alsace, où Lefranc et Jean-jean se retrouvent sur les lieux de leur première aventure (je parle de la Grande Menace). Le reste de l’album nous entraînera ensuite en Afrique noire …

Pour suivre l'actualité de Régric, une seule adresse: http://regric.canalblog.com