Bruno Fermier est un passionné de bandes dessinées...et de l'oeuvre de Jacques Martin en particulier. En 2006, alors que les enfants d'Alix fêtent les 60 ans de carrière de Jacques Martin au Haut-Koennigsbourg, Bruno improvise le discours hommage au Maître, celui-ci répondant par un discours très émouvant.

Alors que Bruno sort le second tome des aventures d'Even, en compagnie de Didier Mada au dessin, nous lui tendons notre micro pour qu'il nous présente son personnage.

A ses heures perdues, Bruno Fermier est également le directeur du réseau Canal BD.

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C'est au mois de janvier prochain que sortira la nouvelle aventure d'Even, "l'Auld Alliance". Mais qui est Even ?

Even est un personnage de fiction bien entendu. Sa biographie "officielle" le présente comme un jeune noble breton (ce pourquoi il faut prononcer EVIN et non "évenne") âgé d'une vingtaine d'année lors du premier épisode, de caractère rapidement enflammé, il demeure un idéaliste. Sa mère décédée lors d’un accident, alors qu’il allait atteindre ses 10 ans, Even sera de ce jour éduqué par son père et surtout par Aouregan, l’épouse de l’ancien métayer, qui menait de main ferme le château de Kastell Mor lors des fréquentes absences du Comte de Rays. Le jeune Even n’a de cesse de rêver aux exploits des chevaliers, qu’il dévore dans les quelques ouvrages détenus au château et dont il est féru. Son père lui inculquera différentes langues étrangères (Even parle couramment l'anglais et l'espagnol, au même titre évidemment que le français... et le breton), il l'instruira également au maniement des armes et lui apprendra, enfin, les vicissitudes d’être au service du royaume, tout en entourant de mystère ses nombreuses et longues disparitions. L’intervention soudaine et dramatique de Silvius et de ses hommes de main, va accélérer l’arrivée du jeune breton au sein du grand jeu politique que le nouveau souverain Henri II, va commencer à initier…

Le 1er tome aborde le massacre des Vaudois qui se déroula à la toute fin du règne de François 1er et qui demeure une tâche sombre dans la vie de ce grand souverain. Dans le second, nous parlons de l'audacieuse manœuvre menée par les français, afin d'enlever la jeune reine Marie Stuart au nez et à la barbe des anglais. Scoop : le troisième et le quatrième tomes se focaliseront sur une autre tentative d'enlèvement, confiée cette fois à des pirates turcs et financée par Henri II, celle du propre fils de Charles Quint... Puis nous rejoindrons l'Allemagne où il sera question de la ligue de Smalkalde, avant de terminer le cycle au moment de l'entrée triomphale d'Henri II à Paris - Even sera alors pourchassé comme traître...

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 Comment est né ce personnage ?

Tout a commencé à la lecture d’une excellent ouvrage intitulé « Le sceptre et la marotte » (de Maurice Lever chez Fayard).  Cette histoire des fous de cours m’a fait découvrir Jean-Antoine Lombard, dit Brusquet. Cet homme fantasque est un parfait personnage de roman… ou de Bande Dessinée. Mais, au delà de cette personnalité, déjà marquante, le souverain Henri II m’a intrigué. Tout le monde connaît peu ou prou les actions de François 1er, chacun a encore en tête les frasques d’Henri III ou du truculent Henri IV… Mais qu’en est-il réellement de celui que de nombreuses chroniques présenteront comme un souverain falot et sans grande envergure ?

Dans les années 80 (au siècle dernier !), je ne trouvais qu’une seule biographie sur ce roi, celle d’Ivan Cloulas (Henri II, Fayard).  Dans cette somme, je constatais qu’Henri II était loin des stéréotypes lui étant généralement appliqués et que cet homme, loin d’être sous la férule de sa maîtresse Diane de Poitiers, avait su mener une politique ambitieuse pour son royaume. Ses actions en Ecosse, en Méditerranée, en Allemagne ou encore dans le Nouveau Monde, sont dignes des meilleurs récits de cape et d’épée. De là à s’en servir de socle, pour construire les aventures d’un héros digne de ce nom, il n’y avait qu’un pas… Mais fallait il encore le franchir…

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D'où vous vient le virus de la bande dessinée ?

Pour ce faire, je n'aurai de cesse de remercier mon père qui, dans les années 60, a commencé à offrir à mon frère aîné de 8 ans, des albums toilés des éditions du Lombard (j'ai toujours pensé, finalement, que mon père se comblait lui même, tant il s'imposait comme premier lecteur - "pour vérifier que c'est bien de votre âge"). Ainsi, bien des années plus tard (quand j'ai su lire), je découvrais à la maison toutes ces premières BD, très variées de Dan Cooper, Chick Bill, Chevalier Blanc, Corentin, mais également Tintin, Lefranc et Alix !... Le virus prit instantanément. Mon frère (toujours) était alors abonné au journal Tintin (chanceux je vous dit !), ce qui n'arrangea rien évidemment. Notre père a eu, somme toute, l'intelligence de nous initier à tout type de lecture, car pour lui, l'important était de lire. Il me fit également découvrir Dumas, Zévaco, Jules Verne, mais également les contes et légendes du monde... Tout ce qui allait me nourrir. Ma rencontre avec Didier Mada me permet aujourd’hui de passer de l'autre côté de la barrière et de jouer à "l'homme de lettres"...

 

Dans le premier tome d'Even, vous remerciez Gilles Chaillet. Pourquoi ?

A l'époque où je m'intéressais aux fous de cours, je rencontrais un auteur qui, non seulement allait devenir un ami, mais surtout qui s’imposerait au firmament de la BD historique : Gilles Chaillet. Lors d’une de nos nombreuses discussions passionnées (si je suis féru d’Histoire, que dire alors de Gilles ?), j’abordais avec lui cette période du XVIe siècle, ainsi que les personnages et évènements marquants du moment.

Sur un pari fou, Gilles me convainquit de tenter d’écrire une histoire dans l’Histoire.

Je m’y attelais donc, avec comme seule ambition de réussir à créer une intrigue suffisamment intéressante, tout en m’appuyant sur divers évènements authentiques. Je soumettais à Gilles, quelque temps plus tard, un synopsis sous la forme d’une nouvelle d’une quinzaine de pages.

Se prêtant au jeu, il me préconisa des astuces de scénariste averti : comment poser une situation, relancer l’action et surtout veiller à ne pas devenir trop didactique. Utiliser l’Histoire, ne signifie pas rédiger un livre d’Histoire. Celle-ci doit être respectée, bien entendu, mais c’est l’intrigue du récit qui doit primer. Gilles m’a appris à renoncer au trop plein d’informations et ne se servir que de ce qui peut être réellement essentiel. Cela n’empêche pas de saupoudrer ici ou là quelques anecdotes pour faire « authentique »…

La maladie de Gilles, suivie de son départ ont été un grand choc pour tous ceux qui l'aimaient et je regrette encore nos échanges et son rire "hénaurme".

Il était normal de lui dédier ce premier tome, car sans lui...

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 Parlez-nous de Jacques Martin...

Pour moi, Jacques Martin reste LE maître du récit et de la Bande Dessinée historique (bien que je dois également beaucoup à d'autres grands de la BD franco-belges, tels que Charlier, Jacobs, Greg et bien entendu Chaillet, qui m’ont tant fait rêver et à qui je tente, fort modestement, de rendre hommage).

Les albums réalisés par Martin sont des mécaniques parfaites, tant en terme de rythme dans les récits, que d'intrigues à rebondissements, mais également de précision dans l'approche des caractères des différents protagonistes (des héros, en passant par de formidables vilains et des personnages secondaires parfaitement maîtrisés).

Je retrouve dans Even un peu le caractère de Loïs.

Une parenté Even - Loïs ?... Je reconnais n'y avoir pas songé, mais après tout pourquoi pas ?... nous avons dans ces deux cas, 2 jeunes hommes se trouvant brutalement plongés dans des jeux politiques qui les dépassent et dont ils tentent de se sortir le mieux que possible, tout en conservant une certaine rigueur morale... Par ailleurs, ils partagent peut être une certaine naïveté (qui évoluera avec le temps).

 Je sais que vous aviez présenté à Jacques Martin des scénarios d'Alix ou de Lefranc. Seriez-vous prêt à recommencer l'aventure ?

Blood'n guts ! je suis dévoilé !... En fait, j'ai effectivement présenté à Jacques Martin 3 synopsis pour Lefranc, il y a 15 ans de cela environ : il s'agissait d'histoires contemporaines se déroulant, pour l'une, dans un pays similaire à l'Afghanistan, d'avant l'intervention occidentale, à la découverte d'une statue gigantesque de Bouddha que les moudjahidins locaux souhaitent détruire, la seconde abordait une petite île à l'histoire fascinante - Nauru, et la dernière traitait d'un sombre récit tournant autour de vols d'objets d'arts dans les églises et châteaux - l'ombre de Borg n'était pas très loin d'ailleurs. Projets fort gentiment commentés... et rejetés (certainement à juste titre d'ailleurs) par JM, qui demeurait à l'époque seul maître à bord de ses séries. Retenter l'aventure pour Alix ?... Voilà ce que tout admirateur de l'œuvre de Jacques Martin rêverait de réaliser bien entendu... Faut-il pour autant savoir s'y pencher avec humilité, car le challenge est impressionnant et les attentes des lecteurs avertis particulièrement élevées... Il y a bien une idée que m'a soumis le rédacteur de ce blog (mais qui est-ce donc ?) et qui me trotte dans la tête depuis...

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Il est possible de commander les albums sur le site de chez YIL Edition : http://www.yil-edition.com/catalogue/

Sinon, pour recevoir un (ou plusieurs) album(s) dédicacé(s), il suffit de me contacter directement (bfermier@canalbd.net) et j'indiquerai alors les frais d'envoi selon la destination.

2015 devrait normalement voir les albums de chez YIL être disponibles en librairie... A suivre donc...