A l'occasion de la sortie du nouvel album de Vasco, "Les enfants du Vésuve", j'ai demandé à Chantal Defachelle-Chaillet et à Dominique Rousseau de nous parler de ce livre et de l'avenir des séries créées par Gilles Chaillet.

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Vasco vu par Jacques Martin en 1987, dans le tirage de tête de "Ténébres sur Venise"

Chantal Defachelle

Chantal a longtemps travaillé sur les couleurs des albums de son mari , et a collaboré à l'écriture de plusieurs scénarii. On lui doit les couleurs des "Enfants du Vésuve".

Vous avez été l'épouse et la coloriste de Gilles Chaillet. Pouvez-vous nous parler de l'homme qu'il a été , comment il travaillait ...

Gilles était un homme passionné et passionnant. Il a toujours aimé écrire et ses synopsis le prouvent. Ce sont de véritables petites nouvelles. Il avait besoin pour créer son histoire, de décrire les ambiances : les étendards qui claquent au vent, une chaleur écrasante, le son des buccins, etc.. Les synopsis contiennent des dialogues qu’il réutilisait dans les bulles. J’étais, en général, sa première lectrice. Même s’il était sûr de son histoire, il attendait toujours mon opinion. Puis, il mettait l’histoire en scène, en faisant des roughs sur un petit carnet au format A5. Il terminait par l’écriture des dialogues. Il n’y a, hélas aucun crayonné. Gilles dessinait directement sur les planches et encrait. Pas de croquis préparatoires non plus.

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Festival d'Arles

Pouvez-vous nous parler de votre travail de coloriste?

J’ai commencé mon travail de coloriste en 1979. Gilles a été un excellent professeur pour moi. Exigeant, certes, mais il était aussi exigeant pour lui-même. J’ai travaillé essentiellement pour lui. Alors, quand j’ai du coloriser les pages de Dominique Rousseau, pour le 5e et  dernier tome de «la dernière prophétie », j’avoue que j’étais un peu angoissée. Allait-il apprécier mes couleurs ? Finalement, je pense qu’on fait une bonne équipe et que Gilles serait fier de notre travail. Dominique est un dessinateur de talent et un vrai caméléon. Il a su se glisser dans le style de Gilles et redonner à Vasco son statut de « bel italien » plein de charme.

Avez-vous travaillé avec Gilles sur l'écriture de ses scénarios?

Sur l’écriture des scénarios de Gilles, je ne suis intervenue que sur certains et par petites touches : sur « les fossoyeurs de Belzébuth » pour le mystérieux personnage encapuchonné et sur « la bête », pour l’idée de base. « Le village maudit » était une idée commune. Nous avons créé ensemble la série « Intox ». Un travail à 2, très ludique et productif. Les confrontations d’idées enrichissent le scénario. J’aime bien travailler en équipe.

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Quel est l'avenir de Vasco?

En ce qui concerne l’avenir de « Vasco », je pense qu’il a encore de belles aventures à vivre. Gilles avait, en réserve, 2 autres synopsis, dans ses tiroirs : « les citadelles de sable » et « Jean 1er le posthume ». Mais avant, vous aurez le plaisir de lire « la cité ensevelie, 2e partie des « enfants du Vésuve".

D'autres projets comme Roma Eterna?

En ce qui concerne « Roma Eterna », c’était une saga sur le concept de l’éternité de Rome vue à travers 2 familles et leurs descendances. Gilles a pris des évènements marquants de l’histoire de la Ville Eternelle. Tout commence à Troie en passant par Hannibal, César, Caligula, les invasions barbares, le sac de Rome, Urbain VIII, Mussolini, les années 70 avec le retour de l’extrême droite, et l’apocalypse en 2030. Chaque album peut se lire indépendamment des uns et des autres et sera dessiné par un dessinateur différent. Je travaille sur les 4 premiers albums avec 3 grands scénaristes : Didier Convard, Eric Adam et Pierre Boisserie. Nous avons nos 4 premiers dessinateurs : Régis Penet, Philippe Adamov,  Annabelle Blusseau et Christian Gine. Pour les suivants, on parle de Griffo et de Jusseaume. Cette collaboration à 4 cerveaux est très enrichissante. Un concept un peu à l’américaine avec tableaux, des flèches, des coups de crayons rouges etc…. On balance des idées sur lesquelles chacun rebondit et l’histoire avance et se construit sous nos yeux satisfaits. Donc, beaucoup de projet et ce dernier n’est pas le moindre. Je sais que Gilles y tenait tout particulièrement. Je suis ravie qu’il puisse voir le jour. J’espère que les lecteurs seront envoûtés par cette épopée historico-fantastique. 

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Dominique Rousseau

Après "La dernière prophétie", Dominique Rousseau s'est attellé au dessin de Vasco...et le résultat est très réussi.

 Après avoir terminé "La dernière prophétie", vous travaillez sur une nouvelle aventure de Vasco,  "Les enfants du Vésuve". Etait-ce un souhait de Gilles Chaillet?

Oui. Ce projet qui met en scène l'enfance de Vasco, déjà cité dans le tome 16 (Les voyages), lui tenait à cœur. L'antiquité romaine, la grande passion de Gilles, relie "La dernière prophétie" aux "Enfants du Vésuve", avec Pompéi, mais aussi le temple de la Fortune à Préneste, dévasté par un tremblement de terre sous les pieds de Flavien au Ve siècle, sur les ruines duquel Vasco a rendez-vous dans le tome 18 de la série (Rienzo) ! Gilles souhaitait une unité de style et m’en avait parlé avant même "La dernière prophétie".

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Pouvez-vous nous résumer l'histoire ?

Sur les pentes du Vésuve, Vasco et ses amis d’enfance partagent un formidable secret. Des années plus tard, Vasco revient dans la baie de Naples à la demande de son ami Niccolo, devenu sénéchal. Au nom de la banque Tolomeï, il s’agit d’aider la reine Jeanne à récolter un impôt, mal vécu par la population et systématiquement volé par une mystérieuse bande d’enfants. Vasco, face à la misère et la brutalité des soldats, est rapidement mal à l’aise…

Je crois que c'est l'ultime histoire dont Gilles Chaillet a écrit le scénario. Quel a été son point de départ ?

Gilles n’avait finalisé que le scénario du premier tome, en laissant un résumé du second. Cela m’a permis, dans l’élan, d’écrire la suite, découpage et dialogues. Cela, grâce à la confiance de Chantal Chaillet , avec qui j’échange régulièrement, notamment pour les couleurs.

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Comment travaillez-vous et quels sont vos albums de Vasco de référence?

Une série comme Vasco nécessite une grande recherche de documentation, même si, paradoxalement, on doit beaucoup inventer, reconstituer, en se« nourrissant » d’éléments authentiques. Ce sont, bien sûr, les albums « italiens »de la série que je consulte le plus, sachant qu’on ne trouve presque rien sur Naples (et ses alentours) au XIVe siècle, très marquée par la renaissance.

 

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 "La reprise est un exercice périlleux" me disait Gilles Chaillet . C'est la première fois que vous reprenez une série (pour "La dernière prophétie", Dominique Rousseau travaillait avec Gilles Chaillet), quel est votre réflexion sur ce travail?

Il y aurait beaucoup à dire sur les reprises ! En tant que lecteur, j’avoue être très difficile. En tant que dessinateur-réalisateur-metteur en scène, ma formation de comédien doit jouer dans ma capacité à m’investir totalement dans un projet, avec un peu de souplesse. Ce qui était moins le cas quand j’étais plus jeune ! J’ai toujours aimé la série Vasco et le travail de Gilles, qui m’a confié un jour que c’était réciproque. Nous avions un peu la même culture graphique et, pour "La dernière prophétie", j’avais toute liberté de concevoir mes planches à partir du scénario. Gilles relevait ce qui pouvait clocher. Sur tout l’album, il ne m’a suggéré une amélioration que pour deux cases.

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A part lors d’un dîner en amont, nous n’avons échangé que par téléphone (et par mails) à cause de la distance. Gilles était content du résultat mais n’aura pas vu les dix dernières pages de « sa dernière prophétie ».Au téléphone, en août 2011, sa voix trahissait un grand affaiblissement. La confirmation d’une fin proche par Chantal m’a bouleversé comme la perte de mon père, survenue depuis.

Quel est l'avenir de Vasco?

Fort de cette écriture à partir d’un résumé de Gilles, il m’est théoriquement possible de continuer la série, si Chantal Chaillet et les éditions de Lombard le souhaitent. J’aime dessiner et mettre en scène Vasco  et reconnais un goût prononcé pour le polar en général et le polar historique en particulier. Je souhaite toutefois trouver le temps de réaliser d’autres projets déjà bien avancés…

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Merci Chantal et Dominique d'avoir répondu à mes questions !