Pour la première fois depuis 60 ans, Guy Lefranc et Axel Borg ont bien voulu répondre aux questions de Stéphane Jacquet d'Alix Mag' et de Francis Jugnard du Globe. L'interview se déroule à Bousval en Belgique, près de l'atelier qui a vu naître tant de belles aventures.

Régric a immortalisé cette rencontre, qui, nous l'espérons, vous séduira!

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Lefranc, Stéphane Jacquet et Axel Borg. Au loin, on aperçoit l'atelier de Jacques Martin.

 

Alix Mag': La journée est ensoleillée et le cadre bucolique de cette terrasse ombragée de Bousval se prête merveilleusement bien à cette rencontre paisible entre vous… paisible, donc inédite… Monsieur Borg, encore merci d'avoir accepté cette invitation à visage découvert et en compagnie de votre… opposé, hasarderais-je… Mon cher Guy, connaissant ton planning de reporter, toujours aux quatre coins du globe, c'est une chance formidable de t'avoir parmi nous aujourd'hui…Il est certain que cette interview croisée, n'aurait pas eu le même piquant, par téléphone satellite interposé. Avant de nous focaliser sur chacun d'entre vous, j'aurais souhaité revenir sur la genèse de votre rencontre… Celle-ci eut lieu, si je ne me trompe, en des circonstances que d'aucuns pourraient qualifier de dramatique… Mais peut être que le recul me fait-il exagérer les faits ?…Qu'en diriez vous ? Guy tu commences ?…

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Lefranc: 1952...le Haut-Koenigsbourg...je ne le vous pardonnerai jamais! C' est vrai que cette aventure me rappelle de bons souvenirs: la rencontre avec Jeanjean et le regretté Renard... Quand je pense que votre ami Fisher l'a balancé d'un avion dans l'affaire de la crypte de San Marco ... Quel salaud ce type! Je crois que c'est dans cette histoire de la Grande Menace que j' ai vraiment eu peur pour la première fois...vouloir détruire Paris! Quelle idée! Quelle folie!....J' ai connu à cette époque un homme qui m' a marqué et dont j'ai apprécié le côté humaniste: le colonel Clermont, qui a mal vécu la guerre d' Algérie ...Il a voulu démissionner de son poste de l'armée, il ne supportait pas les ratonnades et les interrogatoires musclés... cette ambiance terrible et malsaine. Mais je l'ai encouragé à rester ,la France avait besoin de lui..

Axel Borg: Mais vous n'avez rien à pardonner ! S'il en est un qui doit en vouloir à l'autre, c'est bien moi ! J'avais tout prévu, une organisation formidable, une arme redoutable, j'avais mis le gouvernement français à genoux, et il a fallu que vous vous en mêliez. J'aurais dû vous abattre quand je vous avais capturé ! A cause de vous, j'ai dû abandonner mon somptueux domaine familial de la Tour noire et aller m'enterrer dans les sables du sahara ! Et là encore, alors que je vous avais proposé une collaboration, vous avez profité de ma mansuétude pour me trahir et tout gâcher ! Vous rencontrer à été la calamité de ma vie !

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Le colonel Clermont et Arnold Fisher

Alix Mag': Merci à tous deux pour votre franchise, dès cette première passe d'armes… Revenons donc un peu à vous Monsieur Borg… Axel Borg, marquis Tore Monte di Ferria, Sir Baldwin Cooker, mais encore Eli Burgi et bien d'autres patronymes… Que recèlent donc ces innombrables individualités ? Qui êtes vous finalement Axel Borg et quel obscur passé vous a -t-il conduit à devenir un gentilhomme de fortune… ou plutôt, devrais je dire, ce véritable condottiere de l'ombre ?

Borg : Comment cela, un gentilhomme de Fortune ! Vous oubliez que je suis le descendant d'une vieille famille suédoise, les comtes Ritter-Borg, et que mon ancêtre Karl fut un des conquérants de l'Alsace en 1633. A partir du moment où ce diable de Lefranc m'avait démasqué, j'étais bien obligé de changer d'identité. Autant alors choisir des patronymes prestigieux et de s'en distraire. Il y a deux choses que je déteste par dessus tout: la médiocrité et l'ennui. Même si mes activités réclament une part d'ombre et de discrétion, on n'est jamais aussi discret qu'on est des plus voyant. Qui se méfierait d'un général arpentant les remparts d'Obernai, ou d'un archevêque à Bellagio.. Pour le commun des mortels, auquel je ne voudrais jamais ressembler, l'habit fait le moine.

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Francis Jugnard : Comment savoir si vous n'interprétez pas à nouveau un rôle ?

Borg : Croyez moi, quand je parle de pouvoir, je suis sincère ! Certains ont cru pouvoir se mesurer à moi ils l'ont payé cher, comme ce Barello qui avait osé me menacer. Quelle exaltation quand j'ai pu le mitrailler encore et encore et encore, jusqu'à ce que sa villa ne soit plus qu'un amas de ruines enflammées … mais excusez moi, je m'emporte !

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Francis Jugnard : Bien, les masques tombent peu à peu, comme les pelures d'un oignon… Mais à ton tour cher confrère… Guy Lefranc, que tous les 20H00 télévisés du monde entier s'arrachent, tu ne peux faire moins que te dévoiler quelque peu maintenant…

Lefranc : Oui, je peux...un peu! J'aimais beaucoup mes parents.Mon père était aviateur et s'est tué un triste matin de décembre, je n'avais que 11 ans. Depuis, je l'ai cherché... en vain. Ma mère, elle, était actrice dramatique dans un théâtre parisien. Ils se sont séduits, aimés. Ma mère a stoppé net sa carrière et a suivi mon père dans les différentes bases d'aviation . Puis il est mort. Et ma mère ne s'en est jamais remise. Elle a mis fin à ses jours ... j'avais 14 ans. J'ai été placé à l'orphelinat, seul. Puis, la vie, les études de journalisme m'ont fait relever la tête. Dans l'orphelinat, j'ai résolu une petite enquête . Un ami s'était fait accuser d'un vol dans la bibliothèque qu'il n'avait bien sûr pas commis. Après quelques recherches, j'ai compris qu'un autre élève, jaloux de son amour pour une jeune et jolie cuisinière, avait commis le délit et l'avait accusé! Je pense , après toutes ces années, être quelqu'un de droit et d'honnête.

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Francis Jugnard : Un Rouletabille mâtiné de Tintin… Je te retrouve bien là, mais j'ignorais, par contre, ces fêlures d'antan… C'est vous je crois, Monsieur Borg, qui avez titré Guy du qualificatif de « parfait », mais également de « redresseurs de torts », c'est bien cela ?… Était ce par raillerie ?…

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Francis Jugnard

Borg : Par pitié ! Quel ennui ce doit être de toujours se contenir dans un carcan de préjugés et de bons sentiments. Quoi qu'il en dise, Monsieur Lefranc me semble être quelque peu "coincé". Il veut toujours sauver la veuve et l'orphelin, mais qui s'en soucie vraiment ? Dans le monde où nous vivons, les bons sentiments ne sont rien face à la puissance. Il faut choisir son camp, celui des forts ou celui des faibles. Moi, j'ai choisi le premier, car c'est celui de ma liberté. J'ai appris tôt, étant enfant, à ne dépendre de personne. Un jour de promenade, ma mère m'avait abandonné par jeux au milieu de la ville. En la retrouvant, je me suis accroché à ses jupes en pleurant. Ce jour là, j'ai appris que je ne pouvais compter sur personne d'autre que moi même, et j'étais tellement en rage que je me suis juré de ne plus jamais dépendre de quelqu'un d'autre, et le meilleur moyen pour cela, c'est d'avoir le pouvoir. Vous voyez, Lefranc n'est pas le seul à avoir des fêlures …

Lefranc: Contrairement à vous, je n'en fais pas étalage, et malgré la perte de mes parents , je suis resté fidèle à l'enfant que j'étais....

Borg : C'est bien votre problème, votre côté boy scout est des plus puérils !

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Alix Mag' : J'entends vos propos, mais je ne peux m'interroger sur l'évolution de vos relations avec les années… A force de vous opposer, en êtes-vous arrivé par moment à devoir, sinon vous allier, tout au moins accepter une trêve, le temps de mener des combats communs ?

Lefranc: Les années, les aventures nous ont parfois rapprochés, c'est vrai mais aussi séparés. Lorsque ProMundia nous a fait découvrir le monde du passé...et du futur, j'avoue m'être rapproché de vous, vous m'avez parfois touché.Il faut dire que nous avions besoin de nous unir, tant les images et messages étaient forts .J'ai toujours apprécié chez vous l'esthète, le passionné d'Art et de bons goûts. Et je m'étonne souvent de votre culot, de votre façon de jouer un nouveau personnage. Par contre, je hais l'homme qui m'a laissé seul sur cette île du Pacifique, île qui n'avait pas vu âme qui vive depuis la fin de la guerre. Ah oui, vous m'avez laissé une chance, une toute petite, mais j'étais seul....avec mon nécessaire à rasage et mon parfum de luxe. Quelle ironie! Et là, j'avoue que vous m'avez surpris: la manière avec laquelle vous avez éliminé vos complices m'ont vite fait oublier l'homme de bons goûts pour retrouver l'homme contre qui je me battais à Morgastel ou à Venise...

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Borg : Un Fisher ne vous aurait pas donné cette chance, dans le pacifique ! Mais je n'attends pas plus de remerciements de votre part que vous ne devez attendre de sympathie de la mienne. Je vous hais aussi, Lefranc, mais le pragmatisme l'emporte toujours chez moi sur les sentiments. Si j'ai besoin de vous, je suis capable de mettre en sommeil ma haine et de devenir votre allié. La froide raison est une arme d'une force incroyable. Vous vous laissez trop entraîner par vos sentiments, cela vous perdra. En tout cas, ça vous rend vulgaire. Je me souviens que vous m'aviez traité de salaud lorsque je vous avais laissé sur votre île. Quel langage pour quelqu'un qui se veut toujours être un étalon de perfection ! Moi, je ne vous ai jamais insulté. L'homme de goût sait toujours préserver la forme, même si le fond peut être discutable.

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Alix Mag': Monsieur Borg, n'êtes-vous pas intervenu lors de la disparition de Guy en Amazonie ?… Doit-on comprendre que vous appréciez plus votre vieil adversaire que vous ne le montrez finalement ?…

Borg : Les circonstances, mon ami, et rien d'autre ! N'allez pas imaginer je ne sais quel attachement pour moi envers Lefranc, j'ai trop de griefs envers lui !

Lefranc : Allons, ne vous faites pas plus cynique que vous l'êtes..

Borg : Laissez-moi mon cynisme comme je vous laisse votre puérilité...

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Ohna et Toa (Lefranc) ,lorsque le monde n'avait plus de nouvelles de Lefranc.

Francis Jugnard : Je vous propose de changer de sujet voulez-vous et aborder une autre facette de cette interview, une approche plus légère, plus… « people »…Je constate à votre regard Monsieur Borg, que cela ne vous convient guère…

Borg : Et pourquoi cela ne me concernerait-il pas ? J'avais une vie brillante lorsque j'étais le propriétaire du casino de Tanger. Le marquis Tore Monte di Ferria était "people", il comptait dans la jet-set d'alors. D'ailleurs, l'exquise comtesse Faleshi-Karenberg, qui nous avait reçus Lefranc et moi dans sa magnifique villa de Bellagio, avait su faire la différence entre le "people" que j'étais et le "peuple" qu'était Lefranc .Mais bon, excusez-moi, je vais laisser Monsieur Lefranc nous parler de ses petites histoires de coeur avec des filles simples !

Lefranc : Le grand Axel Borg dans toute sa splendeur. Vous cherchez à me déstabiliser c'est cela? Vous pensez m' être supérieur . C'est bien petit de votre part, j'attendais plus d'élégance, et de respect, non pas pour moi, mais pour ces filles au coeur simple.

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Axel Borg sans barbe et la comtesse Faleshi-Karenberg

Francis Jugnard : Bien hum...Guy, j'ai souvenir d'un article, il y a quelque temps de cela, sur une extraordinaire crypte découverte au San Larco et, à cette occasion, tu faisais l'éloge de Mlle Julia Manfredi dont le rôle t'avait permis de mettre à jour l'intrigue… Tu es assez mystérieux sur ta vie privée, pourtant nombre de personnes de la gente féminine jalonnent ton parcours. Certaines ont dû certainement te marquer en particulier, qu'elles aient été à tes côtés ou qu'elles t'aient affronté…Pourrais-tu nous en dire plus ?…

Lefranc: Oui, c’est vrai, j’ai un souvenir ému de Julia. Une jolie fille, qui est maintenant responsable du patrimoine historique de San Marco. Je dois dire que j’ai eu un véritable faible pour elle. Naturellement, je garde de bons souvenirs d’autres amies. Ainsi, Belinda Hearn, bien évidemment, qui, avec son frère Roy et leur cousin Stirling Hiss, ont terrorisé le village de Saint-Loup pour venger leur père. L’hôtel a d’ailleurs été racheté par de gros entrepreneurs suisses. Il y a Laura Lane et sa petite fille Lisa. Elles m’ont véritablement fasciné. Leur disparition reste un grand mystère pour moi...Kahina, qui, en s’alliant avec vous, mon cher Borg, m’a terriblement déçu. Puis il y a Luciana. Belle et malheureuse enfant perdue, avec qui j’ai affronté une autre grande peur de ma vie, dans cette mine à Soumont-en-Gohelle. J’y pense souvent, à elle,à ses filles, à sa vie. Quelle tristesse, j’en suis ému. Je prends des nouvelles de sa fille Laura, mais elle ne va pas fort. Et puis évidemment, je vois très souvent Sophie, avec qui je travaille, et je suis toujours en relation avec mon irlandaise de Maureen......

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Julia Manfredi, Laura Lane, Luciana, Belinda Hearn, Sophie, Kahina et Maureen

 

Francis Jugnard : Te verra-t-on bientôt convoler en justes noces ?.. Non je ne t'embête pas plus avant sur ce sujet…Ultime question privée, que devient Jeanjean actuellement ?…

Lefranc : Jeanjean se remet du traumatisme qu'a causé le décès de ses parents. Mais il cauchemarde très souvent et les images se bousculent dans sa tête entre ses parents, Lisa, et Mary. Il aimerait faire une école de journalisme: il entre au Globe, comme stagiaire: Galthier va s’occuper de lui.

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Jeanjean entre Lisa et Mary

Francis Jugnard : Revenons maintenant aux « affaires », avec celle récente, que Guy a parfaitement bien relatée dans une série d'articles intitulés « la momie bleue »… Monsieur Borg, vous auriez pu devenir un véritable bienfaiteur de l'humanité à cette occasion… pourquoi avoir englouti une telle opportunité de vous retrouver en pleine lumière, auréolée d'un véritable prestige scientifique, pour, en lieu et place, s'accaparer un trésor, aussi important soit-il ?…

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La momie bleue

Borg: Parce que l'argent, c'est le pouvoir ! Êtes-vous un enfant pour me poser de pareilles questions ! Avec l'argent, on achète tout, des armes, des hommes ... Que m'importe le bonheur de l'humanité? Celle-ci n'est constituée que d'êtres médiocres, qu'on peut manipuler et utiliser comme bons nous semble. J'ai eu souvent à me débarrasser de complices, qui pourtant m'avaient bien servi. Alors, que voulez-vous que je ressente pour des masses qui me sont anonymes?

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 Lefranc : Pourtant, vous avez été choqué lorsqu’Arnold Fisher a fait jeté d’un avion l’inspecteur Renard et d’autres personnes. Encore une fois, je vous trouve très cynique aujourd’hui. Peut-être n’acceptez-vous pas l’idée de vieillir?

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Borg : Décidément, vous me semblez aujourd'hui obsédé à me trouver une belle âme derrière un cynisme de façade ... Mais après tout, vous n'avez peut être pas tout à fait tort. Je me souviens du temps où je vous avais enlevé, en Scandinavie, pour servir de témoin dans mon opération visant à submerger les Etats-Unis sous des montagnes de faux dollars. Vous étiez, vous et Jeanjean endormis, drogués, dans vos couchettes superposées. Je vous ai réveillés et servis le petit déjeuner, il y avait là quelque chose de familial ...

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Mais bon, j'aurai mieux fait de mettre un peu de cyanure dans votre café, cela aurait évité que vous ne fassiez échouer cette formidable opération. D'un autre côté, l'immense publicité que vous avez donné à vos articles m'a protégé de mes redoutables commanditaires. Donc nous sommes quittes ! Quant à ce redoutable Fisher, dont vous me faîtes le déplaisir d'entendre le nom, tout ce qu'il fait m'exaspère ! Il est trop de deux loups dans une seule bergerie !

Alix Mag':Il semble donc que, fréquemment, vos actes apparaissent dictés par une volonté destructrice, presque suicidaire… cela lié à votre capacité de manipulation… Freud se régalerait… Qu'en dites vous ?

Borg : Laissons Freud aux contemplatifs ! Je ne suis pas d'accord avec cette caricature que vous voulez faire de moi. Je n'ai pas de volonté destructrice. J'ai juste l'esprit pratique. Que m'importe de raser Paris, si c'est le prix d'une rançon qui me donnera les moyens de bâtir un empire puissant. Mais je n'ai rien d'un vandale. J'aime l'art, la beauté, les belles voitures, le luxe. Voyez-vous, mon plus grand regret a été d'avoir dû abandonner la magnifique collection d'objets d'art que j'avais constituée à Venise ... mes Giorgone, Canaletto et Veronèse ... Mais surtout, mon Caravaggio ... Ah ça, Lefranc, je ne vous le pardonnerai jamais !

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Lefranc: Je crois que depuis, vous l’avez prouvé à maintes reprises, non?

Borg : Et si nos chemins se croisent de nouveau, je vous le prouverai encore !

Francis Jugnard : Guy, ta vocation de « chevalier blanc » t'entraîne souvent dans des situations périlleuses… est-ce ainsi que tu as, de tout temps, perçu ton métier de reporter ?

Lefranc :Ce sont les évènements et les hasards parfois qui me poussent à aller là où l’aventure se trouve. Je ne voulais pas être un journaliste assis derrière son bureau, à attendre que l’info vienne à moi. Non, moi, je voulais voyager, découvrir, enquêter. Aussi, lorsque tout à l’heure vous me parliez de la présentation du 20 heures, c’est justement l'endroit où je ne veux pas être...

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Francis Jugnard : Quelles sont les causes qui, aujourd'hui, te conduiraient à t'impliquer corps et âme, pour les dénoncer ?

Lefranc :Aider Interpol à arrêter Axel Borg !(rire) Évidemment, plusieurs causes me touchent:  me battre contre l’injustice, me battre contre les pouvoirs extrémistes qui contaminent notre monde, soutenir l'écologie. Il y a tellement de causes , et je crois que depuis 60 ans d’aventures, on peut se faire une idée des causes que je défends, non ??

Francis Jugnard : Axel Borg, une dernière question vous concernant… vous êtes recherché par Interpol, par le FBI, et certainement par différents services d'espionnage… dans le même temps, vous avez fait de vos « talents », un véritable business…Cette spirale s'arrêtera-t-elle un jour ?… Envisagez-vous, à terme, de vous retirer du circuit et de laisser alors le monde « souffler » ?

Borg : Si je suis si recherché, c'est bien à cause de Lefranc. J'ai tenté de m'installer, en Alsace et à Venise, mais Lefranc est toujours venu mettre son nez dans mes affaires, et m'a obligé à devenir une espèce de fugitif permanent. Fugitif de luxe, peut-être, mais fugitif quant même ... J'espère cependant que cette spirale continuera encore, car je suis libre, sans contrainte ... d'autant plus que, si elle s'arrêtait, cela signifierait pour moi la prison ou la mort ... Vous voyez, j'ai personnellement beaucoup plus à perdre que le monde: ou je le domine, ou il m'écrasera !

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Francis Jugnard : Une ultime question à tous les deux… Pro Mundia, tu en parlais tout à l’heure Guy… D’ailleurs tu as écris de nombreux articles et mené plusieurs conférences sur ce que cette mystérieuse organisation vous a demandé de vous souvenir… Je dis « vous », car je crois savoir que vous y étiez également Monsieur Borg…Alors,fable, réalité, manipulation mentale… Qu'en pensez vous aujourd'hui ?

Lefranc : Je pense sincèrement que nous avons fait le voyage.Certains signes ne trompent pas , et notamment des signes physiques. Borg, vous avez gardé ce fameux chapeau qui ressemblait à celui de Louis II de Bavière, n’est-ce-pas ?Et j'ai moi même gardé la clef de ma cellule. Nous nous revoyons régulièrement avec quelques protagonistes de cette affaire dont Carine Clerc , Sylvain Ledor et l’écrivain Pierre Nailly. Et nous sommes convaincus , en exposant nos histoires, souvent familiales et personnelles, que nous l' avons bien vécue et que Pro Mundia existe. Je ne crois pas à une manipulation mentale. Reste le message que je dois porter de part le monde sur une surpopulation toujours croissante... Mais il est difficile d’être entendu , où peu de monde se soucie véritablement de l’avenir de l’humanité...

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Le chapeau de Louis II de Bavière

Borg : Et oui, beaucoup de moyens pour peu de résultats. J'aurai su, moi, utiliser une telle puissance pour en faire quelque chose de concret ! Quoiqu'il en soit, tout cela m'a plutôt fait penser à une vaste manipulation. D'ailleurs, la précipitation avec laquelle ces personnages ont coupé cours à leur opération est des plus suspectes. Peut-être ont-ils eu peur que nous découvrions le pôt aux roses. Bien sûr, Monsieur Lefranc vous objectera certains faits troublants que nous avons vécu ensemble, comme la rencontre inopinée avec le traineau de Louis II de Bavière, ou les yeux de félins que nous a laissé entrevoir un de ces curieux congressistes. Mais bon, un groupe d'acteurs et des lentilles de contact colorées peuvent expliquer simplement ces deux phénomènes ... D'ailleurs, cette histoire s'est achevée pour moi sur la délivrance d'un faux passeport, preuve qu'il est toujours difficile de différencier le vrai du faux ...

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Manipulation ou vérité??

Alix Mag': Messieurs, nous vous remercions encore pour ces échanges qui furent riches en informations et révélations. Monsieur Borg, vous allez donc replonger dans votre vie clandestine et dangereuse, mais j'ai bien compris, prospère… De ton côté Guy, un billet d'avion doit certainement t'attendre au bureau, pour rejoindre une nouvelle destination à risques… Vous êtes tous deux comme l'ombre et le Soleil, le Yin et du Yang… un éternel dualisme complémentaire. La prochaine fois que vous aurez l'occasion de vous recroiser, pensez à ce calme moment que nous venons de vivre ensemble… Vous ne vous défierez peut être plus de la même façon…

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Avec, pour les dessins

Jacques Martin

Bob de Moor

Gilles Chaillet

Christophe Simon

Francis Carin

André Taymans

Régric

Alain Maury

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Pour les textes:

Bruno Fermier : les journalistes

Stéphane Jacquet : Guy Lefranc

Daniel Somogy: Axel Borg

Régric a réalisé le dessin inédit, un grand merci à lui!

En hommage à Jacques Martin, Bob de Moor et Gilles Chaillet.