Après avoir suivi Loïs dans les couloirs du château de Versailles, dans l'épisode "Monsieur Frère du Roi",  c'est à Rome que le dernier-né des personnages de Jacques Martin nous promène, sur fond de trafic d'Antiquités, dans l'Apollon de sang.

Olivier Pâques répond aux questions de Bruno Fermier et  Stéphane Jacquet et nous offre de nombreuses recherches graphiques!

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Olivier Pâques par Olivier Pâques.

Alix Mag': Des ors de Versailles à la Rome des Césars, tous ces décors  vous demandent un gros travail de repérage et de recherches iconographiques… Comment travaillez vous ?

Olivier Pâques: A Verailles , tout comme à Rome, les traces du passé sont encore bien présentes. Il faut faire un tri entre ce qui est "d'époque" et ce qui n'est l'est pas. Dans ces deux cas précis, il est indispensable d'aller voir sur place et de faire des repérages...et puis essayer de me mettre à la place de Loïs...J'ai mis une journée entière à me balader dans la banlieue de Rome à suivre le tracé d'une ancienne chaussée Romaine pour essayer de me faire une idée de son arrivée à Rome.

A l'opposé, si un jour on me demandait de représenter New York en 1682 (la ville s'appelait déjà comme ça), cette démarche serait moins utile. A quoi bon aller voir Wall Street si mon but est de représenter le mur bastionné qui se trouvait là. Comme disait M.Martin, "il faut que l'imagination serve à quelque chose".

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Calque et dessin

Peu de bande dessinées montrent Rome au 17ème siècle… Quelles bases vous ont inspirées ?

Comme je l'ai dit, c'est une ville qui a de beaux restes. Ensuite, pour se documenter , ce n'est vraiment pas difficile. Cette ville a vu passer tellement d'artistes...On trouve déjà des représentations très fiables faites par Michel-Ange ou par Breughel. Pour se représenter la fin du XVIIème siècle à Rome, il y a essentiellement l'oeuvre de Gaspar Van Wittel, un peintre paysagiste originaire des Pays-Bas, les gravures et la carte de Rome par Giovanni Batista Falda, Ettore R.Franz, un peintre et photographe du XIXeème siècle qui nous montre des aspects de la ville qui allait disparaître. Et j'en passe!...

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Ce type de statue en porphyre est un fantasme d’auteur ou en  existe t’il réellement ?

Il est fort peu probable qu'elle ait jamais existé...mais elle aurait pu exister! Je m'explique: de grandes statues de porphyre, on en a fait dans l'Antiquité, mais c'était extrêmement rare. Ensuite, le modèle de statue que j'ai pris est peu connu. Il s'agit de l'Apollon de Cherchell, en Algérie. Je me suis largement inspiré de la pose au début, et là où le hasard fait bien les choses, c'est que quelques temps plus tard, j'ai trouvé une copie en plâtre de cet Apollon à l'atelier de moulages du musée du Cinquentenaire, à Bruxelles. Je venais dire un petit bonjour à Christiane Grégoire, une amie et ancienne coloriste de l'équipe Martin. Je venais aussi voir l'atelier du sculpteur Terpinio, et c'est là que je me suis retrouvé nez à nez ( si j'ose dire, car il n'en a plu) avec mon "Apollon!".

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Loïs n’est plus le jeune artiste un peu « benêt » du premier album… d’ailleurs, il n’a plus rien d’un artiste maintenant… Comment   voyez vous l’évolution du personnage ?

Loïs a muri, c'est évident! Il reste cependant un artiste. Patrick Weber a bien développé cet aspect de sa personnalité. On le sent très fort au début de l'histoire, tant qu'il n'est pas encore question de meurtre; par moment, lui et Maxime ne se tiennent plus à l'idée d'admirer la statue. Petit à petit, la mission que lui a confié Louis XIV se complique, il redevient un homme d'action. Dans le futur, ça ne devrait pas changer.

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Dans ce nouvel opus, de Reix a un rôle un peu terne… N’est-ce pas un peu dommage, de ne pas l’utiliser plus avant, car, après tout, il  est certainement meilleur « guerrier » que Loïs ? Que serait Mortimer, sans Blake , ou Enak sans Alix?

C'est vrai mais ce n'est pas plus mal! Pourquoi vouloir à tout prix faire comme les autres. Je dirai que c'était la volonté de Jacques Martin d'avoir des héros assez indépendants. Regardez Enak! Il a toujours dit qu'il se serait volontier passé de ce personnage, qu'il était un vrai "boulet" pour Alix. J'aurais tendance à comparer de Reix à Porthos dans les romans de Dumas: fidèle, mais parfois peu concerné, bon vivant mais toujours prêt à faire le coup de feu. C'est assez subtil en fin de compte! Il n'y a pas à proprement parler de "coup de feu" dans cette histoire, mais si ça se fait dans une histoire à venir, je suis certain que sa science du combat fera merveille!

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Vous avez réalisé une superbe bande-annonce pour "L'apollon de sang". Parlez- nous de la conception.

Cette bande-annonce est une idée de mon frère Tanguy. L'idée de faire des parties animées, c'est moi qui l'ai eue. Ensuite, Tanguy et un ami, Gauthier de Valck ont imaginé cette B.A à partir de ces courtes séquences. Tanguy en est le réalisateur, Gauthier le monteur-truciste (c'est comme ça qu'il se définit...). Les séquences animées sont faites à l'ancienne: image après image. Il y en a plus de 30 par séquences. Ingrid de Vuyst a colorié les calques et les décors.

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Extrait de la partie animée

Un carnet de croquis, paru à l’époque du tome 1 (à la boutique  du Bédéphage) montre que vous crayonniez alors les personnages nus, avant de les habiller… On peut imaginer, que cela permet de s’assurer de l’anatomie exacte des acteurs… Est ce toujours votre démarche graphique ?

Ca n' a pas changé! En effet, ce sont des étapes qu'il ne faut pas négliger, à moins d'avoir un talent de dessinateur hors du commun (ça existe)! Néanmoins, je ne multiplie pas comme avant les calques, c'est l'assurance et l'expérience qui font ça, j'imagine. D'ailleurs, les calques que je montre dans cette interview sont les seuls que j'ai utilisés. Ils ont servi à étudier un peu plus profondément certains passages moins évidents.

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Jacques Martin était un scénariste qui laissait peu de marge à l’improvisation, est-ce de même avec Patrick Weber ? Vous impose t’il un découpage et des plans précis ?

Non! C'est une question qui revient souvent. Patrick me laisse le soin du découpage de la planche et de la composition des images. En fait, son scénario, il le crée en décrivant les cases une une, mais je reste libre de rajouter des cases ou d'en fusionner deux ou trois si je juge que la narration sera plus claire ou plus efficace de cette manière. C'est ce que j'estime être une collaboration normale d'un scénariste et d'un dessinateur: chacun son métier!

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Après Rome, quelle destination attend Loïs ? Quel sera le titre de ce nouvel opus?

Ce sera la Thaïlande cette fois-ci...enfin, je devrais dire le Siam. C'est une histoire qui aura pour contexte le mystère de la disparition du Soleil d'Orient. Le titre sera "Dans  les griffes du Faucon".

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Avez vous des projets autres, en parallèle de Loïs ?Votre carte de voeux est-elle un indice??

Il n'y a aucun indice à rechercher dans ce dessin, mais il n'est pas entièrement gratuit. Je montre en fait Bruxelles à la fin du XVIIème siècle, vu des hauteurs de Jette. Il y a un petit clin d'oeil à des amis Suédois, et au passage, un hommage à Boule et Bill (une B.D que j'aime par-dessus tout). Quant aux différents projets, c'est un peu tôt pour en parler. il yen a quelques uns: des scénarios, un site internet, du cartoon...c'est surtout le temps qui me manque...

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Merci Olivier d'avoir répondu à nos questions!!

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