Michel Lafon a réalisé un de ses rêves: écrire une histoire d'Alix.

 En effet, Alix est le héros de son enfance! Et pour ce trentième album , les auteurs ont eu l'idée de revisiter les premiers albums créés par Jacques Martin.
Voici une interview de Michel Lafon, un petit complèment aux postface des 2 albums, illustrée de dessins de Christophe Simon.

Par Jacky-Charles Rivière.

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Michel Lafon, entre Alix & Enak (Photo M. Picaud)



Alix Mag': Et tout d'abord, pourquoi avez-vous choisi Alix comme personnage ?

Michel Lafon:Je n'ai pas choisi Alix, c'est lui qui m'a choisi, si je puis dire ! Les éditions Casterman ont appris qu'Alix était un des héros (pour ne pas dire : le héros) de mon enfance, et m'ont proposé de leur envoyer un projet de scénario, ce que j'ai fait.

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Alix Mag': Pourquoi aussi le choix de Baal et des Molochistes que l'on a déjà rencontrés plusieurs fois dans les aventures d'Alix ? Et pourquoi aussi celui d'Arbacès ?

Michel Lafon: Pour Arbacès, simplement parce que mon grand projet a été de jouer avec la dimension mythique des aventures d'Alix, comme je l'explique dans les deux textes que j'ai rédigés pour les deux versions (classique et de luxe) de cet album. Dès lors, la présence d'Arbacès dans le rôle du méchant absolu devenait une évidence.

Quant aux Molochistes, ils se sont imposés dès que m'est venue l'idée d'un complot visant César et Rome. Tant qu'à mettre en place des conjurés, là encore le recours au "matériau mythologique" élaboré par Jacques Martin s'imposait.

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Alix Mag': Y'a-t-il une raison particulière pour avoir situé cette histoire après "Le dieu sauvage" et le retour de nos héros de Cyrénaïque ?

Michel Lafon: Comme je l'explique également dans les deux textes des "bonus", le noyau dur des aventures d'Alix va pour moi d'Alix l'intrépide jusqu'au Tombeau étrusque. Ce sont ces huit albums-là qui m'ont fait rêver et dans lesquels j'ai souvent vécu, étant enfant. Voulant remonter à ces sources, j'aurais pu situer La Conjuration de Baal juste après Le Tombeau étrusque, mais je suppose que, sur le moment, je me suis dit que le retour des Molochistes aurait été un peu précoce ; d'où sans doute le désir de laisser passer une aventure avant de les reconvoquer. Du coup, cela m'a permis de les faire revenir de Cyrénaïque, et j'ai envie de dire que la beauté de ce mot suffirait à justifier ce choix chronologique.

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Alix Mag': Avez-vous utilisé des sources ou une documentation particulières pour cette histoire ? Si oui, lesquelles ?

Michel Lafon: Non, aucune en particulier, sauf pour des vérifications ponctuelles, du type : combien de milles parcourt une légion en une journée de "marche forcée", ou à quelle(s) porte(s) de Rome aboutit la Via Ostiensis ? Je suis un bon latiniste et l'histoire de Rome m'a toujours passionné, j'adore les sites et les objets antiques, je lis de temps à autre des revues ou des ouvrages spécialisés (par exemple, des biographies d'empereurs romains, ou encore la biographie que mon collègue Serge Lancel avait consacrée à Hannibal), mais je ne suis pas un historien du monde romain.

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Alix Mag':La dernière image de l'album m'a rappellé la séquence finale du "Seigneur des anneaux". Vrai ou pas ? A moins que ce soit un hommage au Dieu sauvage...

Michel Lafon: J'avoue que je n'ai ni lu ni vu Le Seigneur des anneaux ; et que je ne garde pas de souvenir très précis du Dieu sauvage ; l'idée de cette dernière case m'a été soufflée par un ami très cher, grand scénariste de BD, c'est en fin de compte la seule case que je n'ai pas imaginée tout seul. Pour raffiner, je pourrais ajouter que, si Pompéi est anéantie plus d'un siècle plus tard, c'est parce que Moloch-Baal a fini par se réveiller : j'ai préféré laisser cette hypothèse dans le non-dit, mais il n'est pas interdit au lecteur de la considérer à son tour...

Alix Mag':Aviez-vous déjà une expérience en tant que scénariste de BD ?

Michel Lafon: Non, aucune, je suis universitaire, essayiste et romancier. Mais je n'ai jamais perdu le contact avec la BD classique, dans laquelle a baigné mon enfance. Et puis, j'ai préfacé en 2007 l'adaptation par Jean-Pierre Mourey du roman L'Invention de Morel, de Bioy Casares, dans la collection "écritures" de Casterman ; et j'ai écrit avec Benoît Peeters un livre sur l'écriture en collaboration (Nous est un autre - Enquête sur les duos d'écrivains, Flammarion, 2006), dont un chapitre est consacré à Hergé. Autrement dit, la BD franco-belge est
pour moi, depuis toujours, une source permanente de plaisir et d'interrogations.

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Alix Mag':Votre tandem avec Christophe Simon fonctionne bien dans cet album ; comment ce tandem a-t-il été constitué, par vous-mêmes, par l'éditeur, ou autrement ? Et comment s'est déroulée votre collaboration au jour le jour ?

Michel Lafon: Oui, c'est vrai, nous nous sommes bien entendus, je crois que Christophe Simon a eu du plaisir à dessiner cette histoire, et j'ai eu moi-même beaucoup de plaisir à voir ce scénario prendre forme sous son crayon, puisqu'il est le meilleur disciple de Jacques Martin. C'est Casterman qui a constitué notre tandem. L'idée de faire un Alix "à l'ancienne", au meilleur sens du terme, nous a réunis, je crois que nous sommes tous les deux convaincus de la qualité suprême des premiers albums d'Alix. Concrètement, nous avons travaillé presque exclusivement par courrier électronique.

Alix Mag':Recommenceriez-vous une autre histoire avec Alix ? Avez-vous déjà songé à créer un personnage qui serait bien à vous ?

Michel Lafon: Non, je ne suis pas un scénariste professionnel, je suis juste un passionné de BD classique, franco-belge, qui a été heureux d'entrer dans l'univers d'un héros de son enfance, non pas en tant que lecteur mais, pour une fois, en tant qu'auteur. Je crois que nous avons beaucoup donné à cet album, Christophe et moi, et pour ma part je
n'envisage pas de faire un autre Alix. Il m'arrive de me dire que, si je devais un jour signer un autre scénario, toujours dans l'optique de solliciter la dimension mythique d'une série, bref de remonter aux sources, j'aimerais beaucoup écrire une aventure aussi "classique" que possible de Blake et Mortimer. Mais ceci est une autre histoire...

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Merci à Raymond Larpin pour les scans couleurs!