Michel Lafon , le scénariste du prochain Alix , "La conjuration de Baal", a gentiment répondu à mes questions . L'interview est illustrée des crayonnés de Christophe Simon.

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Projet de la couverture

 

Alix Mag': Michel Lafon, vous scénarisez la nouvelle aventure d'Alix, La conjuration de Baal. Comme vous êtes nouveau dans l'Univers Martin, une présentation s'impose...

Michel Lafon: Je suis professeur de littérature argentine à l'université Stendhal de Grenoble. J'ai publié un premier roman chez Gallimard en 2008, Une vie de Pierre Ménard, qui a obtenu le prix Valery Larbaud 2009. J'ai également publié de nombreux ouvrages consacrés à la littérature argentine ou à des questions de théorie littéraire, comme Nous est un autre – Enquête sur les duos d'écrivains, un essai sur l'écriture en collaboration paru chez Flammarion en 2006, écrit en collaboration avec Benoît Peeters. J'ai aussi édité l'ensemble des romans d'Adolfo Bioy Casares dans un volume de la collection "Bouquins", chez Robert Laffont, ou tout récemment les fac-similés de deux manuscrits de Jorge Luis Borges aux Presses Universitaires de France. Et, pour compléter mon rôle de passeur de la littérature argentine en France, j'ai traduit onze romans de l'écrivain argentin César Aira, ou encore les Cours de littérature anglaise de Borges.

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César

Alix Mag': Dans quelle circonstance êtes-vous rentré dans cet Univers?

Comme lecteur, je suis entré dans l'univers de Jacques Martin en lisant d'un coup, à l'âge de huit ans, les cinq premières aventures d'Alix et les deux premières aventures de Lefranc. Inutile de vous dire que c'est un des souvenirs les plus marquants de mon enfance et que, de tous les univers de bande dessinée que j'ai découverts à cette époque-là, c'est sans doute celui qui m'a le plus fasciné (avec celui de Thierry de Royaumont, nettement moins connu et qui se limite à quatre épisodes). Comme scénariste, il s'agit de mon premier album (auparavant, j'avais juste préfacé la belle adaptation de L'Invention de Morel du romancier argentin Bioy Casares, que Jean-Pierre Mourey a publiée chez Casterman, dans la collection "écritures", en 2007). Les éditions Casterman ont appris ma passion pour Alix et m'ont proposé de leur envoyer un projet de scénario, ce que j'ai fait. La bande dessinée franco-belge classique compte beaucoup dans ma vie, je ne cesse d'y revenir au fil du temps, je suis également un passionné d'Hergé, de Jacobs, de Peyo, de Tillieux et de bien d'autres.

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Un molochiste

Alix Mag': Pouvez-vous nous résumer l'intrigue de cette histoire?

Alix et Enak sont en villégiature à Pompéi, chez le magistrat récemment élu à la tête de la cité, et une nuit un inconnu vient mourir sur le seuil de leur demeure. Il a juste le temps de leur dire que César est en danger et de prononcer le nom sinistre de Baal avant de s'éteindre. Nos deux amis gagnent donc Rome au plus vite, pour sauver César d'un péril qui peu à peu va se matérialiser sous la forme d'inquiétants et impitoyables Molochistes. La suite renvoie notamment à l'éternelle rivalité entre César et Pompée, que Jacques Martin a admirablement mise en place dès son premier album, Alix l'intrépide.

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Alix Mag': Comment est née cette histoire et de quels albums vous êtes-vous inspiré?

L'idée de départ est celle d'un aller-retour dramatique de Pompéi à Pompéi, via une Rome en proie à des déchirements qui évoquent un climat de guerre civile (une guerre qui ne se déclenchera véritablement que quelques années plus tard, comme vous le savez). Je n'ai pas choisi sciemment de rendre hommage à tel ou tel album de Martin, mais des références implicites ou parfois explicites se sont mises en place d'elles-mêmes, par exemple à des albums comme La Griffe noire (Pompéi...) ou Le Tombeau étrusque (les Molochistes...), ou encore L'Île maudite (pour une scène clé récurrente) et Les Légions perdues (pour l'atmosphère du voyage final de Rome à Pompéi).

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Qui sera offert comme offrande au dieu Moloch???

Alix Mag': Quelle est pour vous la grande période d'Alix, et pourquoi?

J'évoque cette question dans les deux textes que j'ai rédigés pour les deux éditions à paraître de La Conjuration de Baal, l'édition courante et l'édition de luxe. Pour moi, le noyau dur, ce sont les huit premiers albums. Les cinq premiers, qui constituent comme un socle mythologique d'où est sorti tout le reste, puis les trois suivants (Les Légions perdues, Le Dernier Spartiate et Le Tombeau étrusque), qui pourraient marquer, et pas seulement pour le dessin, l'avènement d'une forme de modernité (parallèlement au Mystère Borg pour les aventures de Lefranc). Ce sont ces huit Alix que je relis très régulièrement, et dont je suis intensément nourri.

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Alix Mag':Jacques Martin nous a quitté alors que vous écriviez cette histoire. Avez-vous pu le rencontrer et lui raconter votre scénario?

Non, hélas, je n'ai jamais rencontré Jacques Martin ces dernières années, je l'ai juste aperçu dans ma jeunesse à une signature, à Paris, sans trop oser l'approcher. Un rendez-vous de travail était fixé avec Christophe Simon à Bruxelles précisément la semaine de sa mort, et nous l'avons donc annulé au dernier moment. Du coup, je ne suis jamais allé en Belgique pendant toute la période de l'écriture et du dessin de cet album. J'espère que le lancement de La Conjuration de Baal me donnera l'occasion de me rendre dans ce pays qui est, depuis ma plus tendre enfance, un pays imaginaire particulièrement cher à mon cœur.

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Merci Michel pour cet entretien.