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Il y a quelques mois, Alix Mag' avait proposé un dossier Lefranc pour le Châtiment. Voici celui du retour d'Orion, dans une grande aventure , Les Oracles, scénarisée et dessinée par Marc Jailloux. Une grande expo est prévue à Bruxelles prochainement. Nous y reviendrons.

Deux interviews dans ce dossier: Corinne Billon, la coloriste de l'album qui répond à mes questions et Marc Jailloux, interrogé par Manuel F.Picaud (Auracan, Zoo, BD75015...), et membre actif de l'ACBD!

C'est par pure galanterie que Marc et Manuel  laissent la parole à Corinne !

Corinne Billon

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Corinne s'inspirant du Lac sacré, pour réaliser les très jolies couleurs des Oracles

Alix Mag': Vous êtes une nouvelle venue dans l'univers Martin, une petite présentation s'impose....

Corinne Billon: Alors, je suis Corinne Billon. Je travaille, il est vrai, plus habituellement sur des illustrations ou des couvertures de livres que pour de la mise en couleur de BD. J'ai fait officiellement mes premières armes dans la mise en couleur pour la BD sur l'album "Nécrolympia", (aux éditions Panini, en 2005 si je me souviens bien...) C'était déjà en collaboration avec Marc Jailloux, (et Stéphane Beauverger au scénario)

Pour « Les Oracles », c’est d’ailleurs Marc Jailloux qui m’a proposé d’y participer. Après proposition de tests de mise en couleurs au comité Martin,j'ai eu eu la chance de me voir confier la réalisation des couleur de l'album !

Alix Mag': Sur les Oracles, vous avez réalisé des couleurs plutôt chaudes, très belles. De quels albums de J.Martin vous êtes-vous inspiré?

Corinne Billon:Nous avons beaucoup discuté avant de commencer la couleur, sur le rendu que nous souhaitions développer. Notre objectif principal était de rester fidèle à l'esprit de la série, tout en proposant un traitement coloré un peu différent de ce qui existait précédemment.
Le "Lac Sacré" a été une référence qui s'est imposée à nous très rapidement. C’était un choix partagé par Jimmy Van den Hautte, le directeur de collection, par Marc et moi-même.
C'était l'un des albums qui nous plaisait beaucoup pour la richesse et la diversité de ses ambiances colorées.

Le Lac sacré - Christophe Simon, Jacques Martin - 2203382007 - 9782203382008

Alix Mag': Quel est votre technique de travail et comment collaborez-vous avec Marc?

Corinne Billon:Quand je travaille avec lui, je travaille les couleurs exclusivement en digital, sur Photoshop,
Non pas par refus des techniques traditionnelles (que je privilégie parfois pour d'autres travaux graphiques), mais simplement  c'est un outil que je connais bien, et avec lequel je me sens à l'aise pour la couleur.
Une des possibilités que j'apprécie en travaillant sur palette est de pouvoir tester parfois très rapidement quelques variantes d'ambiances, lors de la première phase de mise en forme... Je peux facilement créer et enregistrer plusieurs versions pour proposer un éventail de possibilités à discuter avec Marc et les gens de Casterman.

Concernant la collaboration avec Marc, et c'est un avantage non négligeable, c'est que nous nous connaissons bien (notamment pour avoir déjà collaboré ensemble sur l'album « Nécrolympia »)  Nous savons chacun comment l'autre aime travailler, ce qui facilite énormément les échanges. Marc me transmet son travail planche par planche, au fur et à mesure de son encrage. J'ai donc pu commencer la couleur alors qu' il n'avait finalisé qu'une douzaine de planches et le rattraper, petit à petit, jusqu'à la fin de l'album… Pour finalement passer à la colorisation des dernières planches de l’album dès qu’il les avait terminées!

Sur ce projet, j'ai eu beaucoup de chance d'avoir le temps de travailler chaque planche jusqu'à être vraiment satisfaite du résultat. Dans nos métiers, le temps est une denrée habituellement trop rare !

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Alix Mag': Vous laisse t'il le champ libre, ou alors travaillez-vous vraiment sous ses conseils?

Corinne Billon: La méthode de travail entre nous est très variable. Parfois Marc a une idée très précise sur une séquence particulière, il me transmet alors les docs iconographiques qui lui ont servi de référence pour dessiner (emplacements géographiques, éléments de mobilier par exemple...), souvent il s'appuie également sur certaines ambiances des « Orion » précédents pour illustrer ses demandes.
Parfois c'est l'inverse, j'ai une idée précise d'ambiance sur une séquence (parfois un lieu en particulier, parfois une séquence complète de plusieurs planches) et je la soumettais à Marc. J'ai la chance de compter sur sa confiance, il m’a souvent laissé faire à mon idée.

Alix Mag': Prête pour une nouvelle collaboration avec Marc??

Corinne Billon:Avec grand plaisir !

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Les jolies couleurs de Corinne Billon

Marc Jailloux par Manuel F.Picaud

Bien connu des Enfants d’Alix, Marc Jailloux relance une série de l’univers Martin sur la Grèce classique. Le troisième et dernier épisode d’Orion était paru en 1998 chez Dargaud. Revenu chez Casterman, l’éditeur historique, le jeune héros originaire de l’Attique connaît une nouvelle jeunesse. Le nouvel épisode les Oracles retrouve les canons de beauté et l’intérêt des meilleurs albums de Jacques Martin. J’ai pu suivre l’avancement de cet album et je vous propose quelques extraits choisis d’une longue interview utilisée pour divers médias comme Zoo, Auracan.com  et mon blog BD75011.blogspot.com.

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Marc Jailloux dans l'atelier de Jacques Martin

Racontez nous vos débuts dans la bande dessinée

J’ai eu des gens autour de moi qui m’ont fait découvrir Alix, Blake & Mortimer ou Tintin, en fait tous les classiques de la BD franco-belge. Je me suis mis très jeune à dessiner et à m’orienter vers la BD. Mes parents recevaient un hebdomadaire avec une page de Lefranc. Entre deux numéros, j’inventais une suite à l’intrigue. Durant l’été, à l’âge de 10-12 ans, je passais mon temps à réaliser des albums où l’histoire ressemblait furieusement à ces héros de papier. Je les photocopiais et les donnais à qui les voulait ! Je me suis inscrit à un club de dessin à Cestac en région bordelaise. L’animatrice était Joëlle Béton. Et tous les mercredis je m’y rendais pour y faire de la BD. C’était mon jour préféré de la semaine. J’y ai rencontré des camarades passionnés comme moi. Nous avons eu la chance de nous rendre à Angoulême pour le festival. Nous sommes partis avec nos livrets photocopiés et nous les avons même dédicacés (sur un stand) ! C’était impressionnant de croiser des géants comme Tardi ou Bilal. Le dimanche soir, j’étais triste de voir partir les auteurs. J’imaginais qu’ils partaient tous dans un village quelque part en Belgique. Et je me disais qu’un jour moi aussi j’essaierais de les rejoindre … mais je ne me doutais pas que cela prendrait autant de temps pour travailler dans la BD !

Que représentait Jacques Martin pour vous ?

Quand j’ai découvert Tintin, je n’ai appris bien plus tard que les albums que j’avais préférés étaient ceux où Jacques Martin avaient participé. Ce fut une grande révélation. Mon album préféré est l’Affaire Tournesol. Je ne savais pas qui faisait Tintin. J’ignorais l’existence du studio Hergé avec entre autres Bob de Moor, Roger Leloup, Michel Desmaret et Jacques Martin. Mais je percevais quelque chose de particulier dans cet album. Je pensais bien sûr à Hitchcock mais j’étais loin d’imaginer que Jacques Martin avait en grande partie responsable du scénario, de l’ambiance générale, tout comme dans les 7 boules de Cristal, les couleurs de Jacobs apportent quelque chose de complémentaire à l’œuvre d’Hergé. Finalement c’est grâce à Hergé que j’ai découvert Jacobs et Martin. La Tiare d’Oribal ou Le Dernier Spartiate m’ont fait rêver ! Je me rappelle de la première planche où Alix se réveille après un naufrage. Elle m’a énormément marqué. Cette BD me donnait envie de m’y projeter. Je ne m’imaginais pas capable de réaliser une telle BD qui demande une telle reconstitution tout en développant une histoire réaliste.

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La dernière rencontre entre le Maître et l'Elève

Comment avez-vous rencontré Jacques Martin ?

Le premier contact a été à l’âge de 13 ans. Il m’a dédicacé le Dernier Spartiate à Angoulême. De longues années se sont écoulées ensuite. J’ai appris qu’il participait à une conférence en avril 2005 au Centre culturel Wallonie-Bruxelles à Paris. Je me suis dit qu’il ne fallait pas manquer une telle rencontre et j’ai filmé toute la conférence avec mon frère. A suivi une vente aux enchères à Drouot organisée par Christophe Fumeux. Elle était consacrée à l’œuvre de Jacques Martin. La veille j’ai pu voir de près ses originaux et j’ai réalisé que c’était le genre de BD que je voulais réaliser. Ce fut un déclic totalement magique !

Est-ce à ce moment là que vous avez rejoint l’Atelier de Gilles Chaillet ?

J’ai rencontré Gilles Chaillet en postulant pour Vasco. A l’époque je n’étais pas du tout au niveau. Mais il m’a encouragé avec beaucoup de gentillesse. Il a suivi mes projets dans ce type d’univers, constaté mes progrès et apporté des conseils pratiques sur les papiers, les outils... Il fut en quelque sorte mon mentor. Quand il a eu ses problèmes de santé à la main, il a recherché un assistant pour l’encrage des décors et des costumes et me l’a alors proposé. J’ai attaqué dans la dernière partie de la Dernière Prophétie avec une page sur le Capitole. Je tremblais un peu mais il fallait se lancer. Mais ça a fonctionné très vite. Grâce à lui, j’ai gagné énormément de temps. L’assistanat fonctionnait vraiment dans les deux sens. Cela m’apportait beaucoup de travailler avec lui et cela lui rendait bien service. A la fin de cet album, il m’a proposé d’encrer la totalité de son nouvel album Vinci écrit par Didier Convard. Je me suis retrouvé à travailler sur ses planches originales, ce qui est une vraie preuve de confiance. Je me rappelle de la première planche avec une impressionnante case panoramique sur une double page de l’arrivée d’Henri IV à l’Abbaye de Vauluisant. Ça s’est finalement bien passé. Gilles me faisait part de conseils en encrage, sur les perspectives… Je voyais comment il travaillait en partageant son atelier. J’ai connu les dessous de l’élaboration d’une bande dessinée.

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Gilles Chaillet et Marc devant le superbe plan de Rome (photo Manuel Picaud)

Vous auriez pu continuer à travailler ensemble ?

Nous l’avons envisagé en effet. Mais entre temps, j’avais proposé à Casterman la reprise d’Orion qui avait été délaissé en 1998. Je reste persuadé que ce personnage dispose d’un grand potentiel d’autant qu’il n’existe aucune série sur la Grèce classique. Déjà la Grèce est moins exploitée que Rome et quand elle est abordée, est traitée soit la période antérieure, c’est-à-dire l’époque de Troie ou encore la bataille des Thermopiles, soit postérieure au temps d’Alexandre le Grand. La Grèce classique est très peu utilisée alors que c’est l’âge d’or de la civilisation grecque avec Périclès, Phidias, l’architecture, la philosophie, l’invention de la démocratie… C’est passionnant ! J’ai proposé mon projet au comité Martin qui a été non seulement emballé par le synopsis par mes essais graphiques. Le contrat a été signé pendant que je travaillais sur Vinci. Il était donc convenu que je continue ensuite sur Orion, ce qui n’exclut pas qu’on retravaille un jour ensemble. J’ai été « victime » de mon succès si je puis dire. Les choses se sont précipitées. Me retrouver d’un côté à encrer des planches de Gilles Chaillet et Didier Convard chez Glénat et avoir de l’autre un projet placé chez Casterman. C’est une chance et un challenge. Mais du coup je n’ai pas continué avec Gilles Chaillet.

Parallèlement vous travaillez dans le story-board ?

Oui en effet je travaille aussi comme story-boarder. C’est très enrichissant car cela me permet d’explorer d’autres voies graphiques et de travailler la mise en scène.

C’était assez gonflé de proposer de reprendre la série Orion !

Oui c’est vrai, en même temps il faut parfois savoir se lancer dans la vie. En début 2008, j’ai contacté le Directeur de Collection Jimmy van den Hautte à qui j’ai adressé par mail le synopsis et les premières planches. J’ai appris l’existence d’un comité de quatre personnes. Les tests ont fait l’unanimité. Et j’ai eu très vite une réponse positive. C’était une chance. J’en ai parlé tout de suite à Gilles Chaillet qui en a été enchanté. Et parallèlement à Vinci j’ai attaqué mes planches. A force d’encrer celles des autres on a l’impression de pouvoir les faire soi-même. J’éprouvais donc le besoin de faire mes propres crayonnés. J’avais négocié dès le départ de sortir l’album en fin 2010. En temps de réalisation, j’ai mis trois mois à écrire le scénario et un an à le dessiner. Finalement j’ai remis mes planches beaucoup plus tôt que prévu et l’album devait sortir en avril 2011 mais le comité a souhaité l’avancer pour Angoulême. Nous avons vraiment pu réaliser l’album dans de bonnes conditions et tout soigner du début jusqu’à la fin!

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Crayonné planche 21

Votre scénario est-il basé sur une idée de Jacques Martin ?

J’ai lu que Jacques Martin avait préparé plusieurs synopsis des aventures d’Orion avec des titres et des brefs résumés. Mais le comité éditorial ne m’a proposé de travailler sur une telle base. Quand j’ai proposé la reprise, j’ai soumis un projet personnel. Je suis d’ailleurs le premier auteur avec lequel a signé la maison Casterman pour réaliser le dessin et le scénario d’une série créée par Jacques Martin.

Qu’est-ce qui vous fascine le plus dans le style de Jacques Martin ?

Sa quête d’idéal. Il a su traduire la beauté tout en restant dans la sobriété. Il réinvente une Antiquité lumineuse totalement idéalisée qui fait rêver. Il emploie une technique et une méthodologie rigoureuses. Il s’appuie sur une documentation poussée. Rien n’est gratuit. Son dessin élégant a aussi bénéficié de très bonnes coloristes des Studios Hergé. Jacques Martin est aussi un fabuleux raconteur d’histoires. Il a remarquablement œuvré pour donner ses lettres de noblesse à la BD historique. Mais il a souvent idéalisé l’Histoire. L’archéologie ne sert que de décor. Il suit les principes ultra classiques de la tragédie grecque avec des psychologies très travaillées.

Vous définissez vous comme un Enfant d’Alix ?

J’ai contacté ce groupe d’amateurs de l’œuvre de Jacques Martin avant la signature d’Orion. J’ai notamment eu la chance de rencontrer Christophe Fumeux et Stéphane Jacquet qui animent les sites Internet. J’ai beaucoup apprécié d’échanger avec de réels passionnés. J’ai d’ailleurs tourné quelques vidéos pour le site et participé à un week-end en Alsace où Jacques Martin a conduit la visite du château du Haut-Koenigsbourg. Mon implication s’est réduite depuis pour me consacrer à mon album.

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Jacques Martin & les Ed'a

Comment vous êtes-vous documenté sur la Grèce antique ?

De toutes les manières possibles. C’est un travail de fourmi ! D’abord, j’ai lu la Guerre du Péloponnèse par Thucydide puis relu L’Iliade et l’Odyssée d’Homère. Pour l’architecture, je me suis appuyé sur des ouvrages anglo-saxons. Car ils s’autorisent davantage d’interprétations que les historiens français. J’ai passé beaucoup de temps dans les bibliothèques, consulté de nombreuses revues, regardé beaucoup de documentaires. Mais curieusement Internet a été d’une faible utilité – trop d’informations y sont fausses. Je me suis rendu sur place par deux fois en repérage où j’ai pris des photos, ramassé la moindre brochure, visité chaque site. Pour le Nécromantion, j’y ai même trouvé une thèse d’une étudiante en grec. En fait je voulais suivre une recommandation de Jacques Martin : maîtriser à tel point le décor pour pouvoir m’y promener.

Avez-vous eu accès à des originaux et des documents de Jacques Martin ?

J’ai bénéficié de la documentation accumulée par Jacques Martin que sa fille Frédérique m’a préparée et mise à disposition. Elle m’a aussi confié des photocopies des originaux du Lac Sacré. Elles m’ont permis de mieux comprendre son geste, la subtilité de son encrage, ce qui a complété les conseils de Gilles Chaillet.

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Dessin original de J.Martin, servant de base à M.Jailloux

Comment aimeriez-vous présenter cet épisode ?

C'est une histoire initiatique et en même temps une aventure autour d'un complot. Au cours d'un nouvel épisode de la Guerre du Péloponnèse, Périclès adopte la prudence. Assiégé par les Spartiates, il refuse de livrer le combat. Autant il possède une suprématie maritime qui lui permet d'être ravitaillé malgré l'encerclement, autant la force des hoplites spartiates est invincible sur terre ferme. Périclès demande donc aux habitants des alentours de se réfugier derrière les murs de la cité et d'attendre. Pour valider sa stratégie et freiner les ardeurs de son peuple, il demande à son épouse Aspasie de partir consulter les oracles. Par ailleurs Orion croit avoir perdu Hilona depuis l'épisode du Styx. Tenace et courageux, il poursuit la lutte et décide de rejoindre la flotte pour ne pas rester près de Périclès qui l'a trahi par deux reprises. La veille de son enrôlement, il fait la connaissance d'un orphelin Panaïotis qui lui révèle l'existence du Nécromantion, un sanctuaire où on entre en contact avec les morts.

C'était une stratégie courageuse pour Périclès…

Périclès a des convictions, une droiture et une vision à long terme pour sa cité. En même temps il doute et sollicite les faveurs des Dieux. Dans une ville surpeuplée et agitée, il fallait tout son charisme et son courage pour résister. A un moment des gens ont eu réellement une suspicion qu'ils étaient en train de se faire empoisonner. Et la stratégie a failli réussir, mais trois après ils durent affronter la peste. Périclès en est mort.

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Crayonné de la couverture

Les spartiates étaient vraiment rusés.

Ils connaissaient leur suprématie sur terre et provoquaient les Athéniens. Ils brûlèrent toutes les fermes, récoltes et villages aux alentours d’Athènes pour inciter les habitants qui perdaient tout ce qu’ils avaient à venir se battre. En même temps, on peut supposer qu’ils bénéficiaient d’espions au sein de la ville attaquée. Ils connaissaient ainsi les mouvements de leurs ennemis. Ils disposaient aussi d’alliés dans la place, des oligarques partisans des spartiates.

D’où est venue l’inspiration de cette histoire ?

La découverte et la visite du Nécromantion dans un de mes voyages ont vraiment été fondamentales. J’ai tout de suite la connexion possible entre Orion et Hilona. Ce sanctuaire se situe sur un petit mont dans l’Epire près du village de Mésopotamos. Même s’il existe toujours, la difficulté est d’isoler les différentes strates qui l’ont recouvert. Aujourd’hui il y a une petite église sur ce mont. Il y a aussi un petit labyrinthe qui date de la période hellénistique. Certains cavités au sous-sol remontent sans doute à l’époque mycénienne voire préhistorique ! C’est un endroit vraiment ancestral. En me documentant, je me suis rendu compte qu’il est déjà décrit au 8e siècle avant J.-C. par Homère dans l’Odyssée au confluent de l’Achéron et du Cocyte qui découle du Styx, devant le lac Achérousia aujourd’hui asséché. Quand Ulysse veut savoir comment rentrer chez lui à Ithaque, la magicienne Circé l’envoie à cet endroit consulter le devin Tirésias.

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L’idée de devoir brûler les vêtements de la mère de Panaïotis vous ait venu d’une autre anecdote.

Au 6e siècle avant J.-C., Périandre, tyran de Corinthe a envoyé une délégation au sanctuaire pour savoir où sa femme défunte Melissa avait caché un trésor. Et les esprits de Mélissa lui répondent qu’elle n’aura pas de réponse car Melissa meurt de froid dans les enfers puisque son mari a oublié de brûler ses vêtements. Périandre avait distribué les vêtements de sa femme aux femmes de voyages environnants. Il organisa alors un grand banquet où il demanda à toutes les femmes de se déshabiller et il brûla leurs vêtements ! La délégation retourna au sanctuaire et entra à nouveau en contact avec Melissa qui ne mourant plus de froid dans l’au-delà révéla le trésor.

On retrouve cet endroit ailleurs ?

Il est aussi évoqué dans la Guerre du Péloponnèse de Thucydide ainsi que dans l’Odyssée Quand Ulysse veut savoir comment rentrer chez lui à Ithaque, la magicienne Circé l’envoie à cet endroit consulter le devin Tirésias. C’est finalement un endroit chargé d’histoire.

D’où vient le prénom du nouveau compagnon d’Orion ?

C’est un prénom très courant en Grèce. Je l’avais choisi pour mon synopsis. Je trouvais qu’il correspondait bien au personnage.

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Panaïotis et Orion

Faut-il un faire-valoir dans une série à la manière de Jacques Martin ?

Non contrairement à Alix et Enak, il y a une vraie différence d’âge entre Panaïotis et Orion. Cet album est une véritable quête initiatique. Il fallait un jeune orphelin très fâché contre les Dieux et contre lui-même. Orion va l’aider. Il n’avouera jamais le prendre pour modèle mais il va le suivre et grâce à Orion remplir la mission que son père n’avait pas accomplie. Le personnage est vraiment nécessaire au scénario, et pas un faire valoir à la manière d’Enak.

Est il prévu de le revoir dans les prochains épisodes ?

Panaïotis n’est pas prévu dans le prochain épisode. Mais il n’est pas exclu qu’il revienne ultérieurement.

Jacques Martin a-t-il vu vos travaux ?

Il a lu mon synopsis et a beaucoup aimé. Il a pu voir mes dessins dans son atelier grâce à un agrandisseur et il me disait que je tenais parfaitement Orion. J’ai eu énormément de chance car les rares fois où je l’ai vu j’ai eu droit à des félicitations. Il y avait quelque chose d’assez fort entre nous. Je ne l’ai pas fréquenté mais à chaque échange, il m’a transmis de l’énergie et j’apprécie cette chance.

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Qui réalise les couleurs ?

C’est Corine Billon. J’avais déjà travaillé avec cette coloriste dans un album précédent. Elle réalise les couleurs par ordinateur. Je tenais à la référence du Lac sacré en acceptant des évolutions tout en restant dans l’esprit. Ce n’était pas évident. Quand on regarde les Alix, il y a beaucoup d’époques différentes. Pareil pour Orion. Le premier album a été mis en couleurs par Nicole Thenen une des coloristes du studio Hergé. C’est magnifique. Avec le troisième épisode il y a des effets de matière, de masse, d’ombres, d’ombres portées, d’ombres propres. On sortait de l’aplat tout simple. Il faut arriver à trouver un juste milieu car Jacques Martin avait lui-même fait évoluer sa couleur qui était devenue plus travaillée. Avec Corinne, nous avons beaucoup apprécié les couleurs de la Chute d’Icare pour Alix et du Pharaon pour Orion. On a essayé de travailler beaucoup plus sur les ambiances, les ciels, les couchers de ciel, sur les effets de lumières notamment dans le Nécromantion. Corine a beaucoup de talent. Je lui ai donné des indications et nous avons beaucoup échangé. C’est une chance pour moi de bosser avec une coloriste qui me fait des propositions sur la base de mes suggestions. L’idée est de rester dans le style tout en évoluant.

Avez-vous d’autres projets de BD ?

Je dispose d’idées pour poursuivre les aventures d’Orion compte tenu de la documentation que j’ai accumulée. L’histoire est une source inépuisable d’inspiration.

Une chance de vous retrouver un jour sur Alix?

C’était le souhait de Jacques Martin, que j’alterne un Alix et un Orion. Pour l’instant, je préfère me concentrer sur Orion. Alix est une série qui a déjà été très développée, avec de nombreuses équipes. Avec Orion, je me sens plus libre et il y a tout à faire !

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Régric, Marc Jailloux et Christophe Simon à Namur.La veille, Marc avait terminé l'encrage des Oracles...

Propos recueillis par Manuel F. Picaud entre août et décembre 2010

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© Manuel F. Picaud / Enfants d’Alix