Le nouvel Alix, le Testament de César est sorti il  y a moins d'une semaine et déjà, il se classe dans les 10 meilleurs ventes d'albums de la semaine.

L'histoire proposée par Marco Venanzi n'est pas qu'un polar, elle décrit aussi les luttes politiques romaines , d'une manière bien documentée . Elle propose également un suspense bien construit , un Galva au centre du récit ainsi que de nouveaux personnages (en particulier féminins) qui sont bien imaginés.

Marco Venanzi répond aux questions de Raymond Larpin et Stéphane Jacquet. Avec une participation de Jean-Marc Milquet.

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photo: Jean-Jacques Procureur

Alix Mag': Après un voyage de Jhen consacré aux Templiers, vous voici aux commandes graphiques d'Alix. Comment en êtes-vous venu à reprendre la série phare de J.Martin?

Marco Venanzi
: Suite à l’album consacré aux Templiers, j’ai apporté une main à l’album « Orange – Vaison-la-Romaine » un voyage d’Alix réalisé par Alex Evang. Mon travail sur le personnage phare de Jacques Martin a attiré l’attention de Frédérique et Bruno Martin appelés à gérer l’œuvre de leur père ainsi que celui de l’éditeur. Suite à cela, il m’a été proposé d’effectuer une série d’essais graphiques pour la reprise de la série qui se sont avérés concluants, le sort en était jeté !


Alix Mag': Quelles BD ont marqué votre jeunesse et quels ont été vos maîtres lors de vos débuts en BD ?

Marco Venanzi: Tintin a nourri mes premiers souvenirs de bédéphile et à l’heure actuelle je porte encore une grande admiration pour l’œuvre d’Hergé. Par la suite j’ai lu assidument Alix et le  journal de Spirou.
Par la suite, lorsque j’ai commencé à entrevoir la perspective d’une carrière dans la bande dessinée j’avais comme objectif de travailler à la manière d’un Cosey  dont je reste un fan. C’était également les grandes heures du journal «  A suivre » j’ai découvert Tardi, Comès et de biens d’autres qui ouvert mon univers au-delà de Bande dessinée dite franco-belge.
Pourtant grand admirateur d’Hugo Pratt, ma manière naturelle de travailler me portait plus vers le dessin classique et le retour vers la bande dessinée historique, porté par les éditions Glénat et le journal Vécu dans les années 80’, ont alors fortement influencé mon orientation professionnelle. Hermann, Bourgeon et plus particulièrement André Juillard furent mes maîtres de l’époque.

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Alix Mag': Avant de reprendre Alix, étiez-vous un amateur d'Histoire Romaine ?

Marco Venanzi:J’ai coutume de dire que comme Obélix : « Je suis tombé dedans quand j’étais petit ! », comme mon nom l’indique je suis Italien d’origine et je dirais même, plus romain qu’Alix, puisque j’y eu la chance d’y naître !
Enfant, mes parents et plus particulièrement mon père m’a nourri et bercé de culture romaine. Aujourd’hui encore j’y retourne régulièrement et me mue en guide touristique pour le plus grand bonheur de mes amis.

Alix Mag' :Parlez nous de la genèse de cet album. Avez-vous discuté du scénario du Testament de César avec Jacques Martin ?

Marco Venanzi
: Dès le début j’avais émis auprès de l’éditeur le souhait de réaliser le scénario de ce vingt-neuvième tome. Dans un premier temps Casterman s’est montré réticent pour la bonne raison que Jacques Martin tenait à disposition plusieurs synopsis rédigés de sa main. Par la suite, en partie pour les raisons que je viens d’évoquer dans ma précédente réponse, l’éditeur m’a mis au défi de décliner un scénario avec, en toile de  fond, Rome et son histoire et ce, sur le thème du polar, sujet qui n’avait encore jamais été abordé dans la série « Alix ».
Dans un premier temps le Testament de César a été validé par les éditions Casterman et par Frédérique et Bruno Martin qui représentaient déjà leur père au sein du comité de lecture constitué par l’éditeur. Dans un deuxième temps, Jacques Martin qui avait connaissance de mon travail a souhaité me revoir pour me faire part de ses remarques et de ses observations. Nous nous sommes donc vus un après-midi durant afin d’aborder la question du scénario...

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Alix Mag': Nous pensons qu'à partir du moment où un auteur accepte l'idée que sa série continue après sa mort, et c'est un risque qu'il faut accepter,un successeur peut  condamner un personnage historque de la série pour le besoin d'une histoire . Ici , Galva, personnage principal de l'histoire.
Mais Jacques Martin était-il d'accord avec vous, lui qui n' a pas hesité à sacrifier des personnages tels que Adréa, Horatius..?

Marco Venanzi
:A l’occasion de la séance de travail précitée nous n’avons pas évoqué la question de la mort de Galva. Je suis convaincu que si Jacques Martin avait eu la moindre objection à formuler sur ce sujet, qui d’ailleurs fait déjà couler beaucoup d’encre, il n’aurait pas hésité à m’en faire part. Comme vous le soulignez bien, le créateur d’Alix n’a pas hésité à sacrifier des personnages intéressants autres qu’Adréa et Horatius mais également Toraya et Agérix… Jacques Martin trouvait très séduisant de s’attacher à l’univers des Vestales et m’avait confié avoir pensé aborder le sujet de près dans un de ses synopsis. Par ailleurs, la principale désapprobation émise par le père d’Alix  vis-à-vis de ce scénario résidait sur un tout autre point sur lequel je vous répondrai un peu plus loin car cela touche de près à l’une de vos prochaines questions…

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Alix Mag': Alix et Enak perdent leur père créateur en début d'année. Dans cet album, Galva dit en début d'album: "Avant de devenir mes amis, vous fûtes un peu mes enfants." Il meurt lui aussi.  En s'affranchissant de Galva et de leur créateur, Alix et Enak sont maintenant libres de toute référence et peuvent continuer à vivre de nouvelles aventures avec d'autres créateurs?

Marco Venanzi
:Libres de toutes références n’est certainement pas la bonne formulation. Certes, le créateur d’Alix a émis le souhait de voir perpétuer son œuvre par d’autres créateurs, mais pas en dehors des codes qu’il s’était lui-même forgés, Jacques Martin a laissé derrière lui une charte que ses collaborateurs sont tenus de respecter.
Alix et Enak vont vivre d’autres aventures avec d’autres créateurs et la manière de raconter va certainement évoluer tout comme le travail de leur géniteur a évolué au cours de sa longue et riche carrière. L’Alix que je porte n’est pas celui de Raphaël Moralès ni celui de Christophe Simon et pas non plus celui de Ferry et aucun de ceux-là ne sera jamais vraiment celui de Jacques Martin, il faudra bien s’y faire ! Nous sommes tous un peu les enfants de Jacques Martin et chacun à sa manière.


Alix Mag': Reverrons-nous bientôt Aurelia ? Corollaire : est-il possible pour une vestale de se libérer de son engagement devestale qui dure  30 ans ?  ;-)

Marco Venanzi
:C’est fort probable, Galva n’est plus et Alix a perdu un ami mais a gagné en la personne de sa fille un cœur qui n’est pas à vraiment prendre. Dans le scénario que  j’espère écrire à la suite du dessin du prochain tome scénarisé par François Corteggianni, j’ai déjà programmé son retour. Quant au statut d’Aurélia les chroniques n’ont, à ma connaissance, laissé aucune trace d’un fait similaire et telle démarche paraît hautement improbable mais toutes proportions gardées qui en a voulu à Alexandre Dumas de faire des enfants à l’histoire ?...

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Alix Mag': Est-que Jacques Martin vous a fixé des règles pour écrire les histoires et pour dessiner Alix ?

Marco Venanzi
:Si ce n’est quelques conseils, pas plus que celles contenues dans la charte qu’il avait rédigée.

Alix Mag':  Cela a t-il demandé beaucoup de travail d'adapter votre style de dessin à un univers aussi exigeant que celui de Jacques Martin ?

Marco Venanzi
: Comme je vous l’indiquais précédemment, bien que je puisse appréhender plusieurs styles ma propension naturelle me porte vers un dessin classique relativement proche de celui qu’a développé Jacques Martin. La principale difficulté que j’ai rencontré et qui m’a demandé beaucoup de travail touchait au dessin des personnages et principalement à celui d’Alix. Un lecteur attentif parcourant l’ensemble de la série remarquera à quel point le graphisme des principaux protagonistes a pu évoluer, cette évolution somme toute très naturelle et commune à bien des auteurs est un véritable casse-tête pour un repreneur ! Dans quel Alix est-il le mieux réussi ? Les avis divergent ! Voyez à quel point Galva peut être différent d’un album à l’autre !
Posez-vous cette question : si Alix devait parler, quelle voix aurait-il ?... La réponse est pourtant simple, cette voix nous l’avons chacun dans notre tête et elle diffère pour tous !

Au final, quel que soit le résultat, graphiquement j’ai dû accepter de faire un choix et c’est le mien, je souhaite sincèrement qu’il plaise au plus grand nombre, il plaira à certains et pas à d’autres !

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Alix Mag': Jacques Martin a placé toutes les aventures d'Alix dans un intervalle de 3 ans (-52 à -49), mais les nouveaux scénaristes ont élargi ce cadre jusqu'à l'année -46. Avez-vous l'intention d'aller un peu plus loin ? Que pensez-vous de l'idée de faire vieillir le personnage, et de mieux utiliser le termps qui passe dans les récits ?

Marco Venanzi
:Pour ma part, afin que le récit se tienne d’un point vue purement historique j’ai choisi de le situer entre 46 et 45 avant notre ère, mais à condition de ne pas raconter trop d’énormités, est-ce vraiment important pour la majorité lecteurs ?
La seconde partie de votre question rejoint maintenant le petit différent scénaristique que nous avions eu Jacques Martin et moi.
Au départ, pour les besoins de l’intrigue et pour que le récit colle à l’époque retenue, compte tenu qu’il me fallait un personnage ayant des connaissances médicales et grec de surcroît puisque cet apanage leur était principalement réservé, j’avais assez logiquement imaginé Héraklion devenu  jeune étudiant en médecine. Pour tenir ce rôle, il lui fallait donc quelques petites années de plus… Bien que pour moi, hormis le fait d’augmenter légèrement la taille d’Héraklion, il était évident de ne pas modifier l’aspect physique de tous les personnages, j’ai dû essuyer le véto catégorique de son créateur.

Et pourtant il y a bien longtemps qu’Alix n’est plus le frêle adolescent des débuts… quoi qu’il en soit je conçois mal Alix en homme marié et père de famille !!!

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Alix Mag': On le sait, François Corteggiani écrit le nouvel épisode d'Alix que vous dessinez. Pouvez-vous nous raconter les grandes lignes de cette histoire.

Marco Venanzi:Je pense François certainement plus à même de vous en donner un aperçu, je peux tout de même vous dire qu’Alix sera de retour en Egypte pour une aventure trépidante dans laquelle il retrouvera Cléopâtre engluée dans une bien sombre histoire…

Merci Marco d'avoir répondu à nos questions!

Pour plus d'informations sur "L'ombre de Sarapis", François Corteggiani en parle sur son blog.