Patrick Weber a écrit un bel hommage sur son site. Il a accepté que je le publie ici.

Et à titre personnel, j'aimerai que Patrick continue a travailler sur la geste Martinienne.

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C'est avec beaucoup de tristesse que j'ai appris le décès de Jacques Martin. Comme beaucoup d'autres, j'ai eu la chance et l'honneur de travailler avec ce grand maître de la bande dessinée. Ma passion pour l'univers Martin ne date pas d'hier. J'ai appris à aimer la BD, l'histoire, l'archéologie et l'histoire de l'art à travers ses albums. C'est probablement son influence qui m'a donné envie de me lancer dans des études d'histoire de l'art, puis dans la bande dessinée. Quand Casterman m'a contacté pour travailler sur la geste martinienne, j'ai concrétisé un de mes plus beaux rêves. En quelques années, j'ai eu l'occasion de travailler sur plusieurs titres de Loïs (Le Code Noir, Monsieur Frère du Roi, L'Appolon de Sang), Lefranc (La Momie Bleue), Alix (L'Ibère, Le Démon du Pharos et La Cité Engloutie) sans oublier un superbe ouvrage d'entretien consacré à ses Dessins de Guerre. Chacune de nos rencontres dans son havre du Brabant Wallon a été un grand moment pour moi. C'était fascinant d'être face à un homme de son âge qui conservait, intacte, la même curiosité, la même envie de créer. Nous parlions pendant des heures et Jacques rebondissait d'une idée à l'autre. Des idées, il en avait des centaines pour de futurs albums, de nouvelles séries. Il fallait parfois bien s'accrocher pour le suivre! Bien sûr, tout n'a pas toujours été simple et chacun connaissait le fort caractère du maître. Mais cela faisait partie du personnage et, à titre personnel, je n'ai jamais eu à m'en plaindre. Travailler dans l'univers martinien m'a aussi permis de rencontrer d'excellents dessinateurs comme Francis Carin, Ferry, Olivier Pâques et Christophe Simon. À titre personnel, je suis particulièrement fier de certains travaux comme le dernier Loïs "Monsieur Frère du Roi" et aussi  Alix "Le Démon du Pharos". Je n'en suis pas fier d'un point personnel mais parce que j'ai le sentiment, qu'en effectuant mon travail de scénariste, j'ai marché dans les traces de Jacques. Je suis resté fidèle à l'histoire tout en racontant une histoire bien charpentée. La BD strictement didactique ne présente pas d'intérêt ... C'est la même chose pour les romans. Dumas, Hergé, Jacobs et Martin l'ont bien compris. Je me rappelle d'une de mes visites auprès de Jacques. Il était dans son bureau, plongé dans la pénombre et face au buste qui le représentait et qui lui avait été offert. Le maître face à son double sculpté, comme s'il était entré de son vivant dans la légende de la BD. Je n'oublierai jamais cette image. J'ignore ce qu'il adviendra de son oeuvre ni si j'aurai encore l'occasion d'y participer mais je tiens à remercier Jacques qui a d'ores et déjà rejoint le panthéon des grands créateurs. Merci de m'avoir fait rêver et voyager. Et d'une certaine manière, merci d'avoir orienté ma vie vers le monde merveilleux de l'histoire et de ses mystères.

Patrick Weber

Paris, 23 janvier 2010