A priori, les lecteurs des albums de Jacques Martin ne connaissent pas  le docteur  Frédéric Bury. Mais il fût un ami très proche du Maître, avec qui il  partit en Egypte. Il a également aidé Jacques Martin a écrire la Momie Bleue en lui fournissant de la documentation et de judicieux conseils.

Il a voulu rendre un dernier hommage à Jacques Martin, sensible et émouvant.

Monsieur Martin et Cher Maître,

Je vous remercie pour tout. Tout ce que vous avez apporté dans ma vie. Les histoires. Les images. Les moments. Les voyages. Pour toutes ces choses qui furent tellement belles à vivre, de tout cœur grand merci.

Je n’ai finalement qu’un regret à exprimer, c’est de n’être pas venu à vous plus tôt dans ma vie. Car longtemps je vous ai cru inaccessible et intouchable, comme bien d’autres auteurs qui s’enferment si vite dans la tour d’ivoire de leur orgueil démesuré. Pourtant il n’en était rien de vous qui étiez toujours prêt à rencontrer vos lecteurs, quels qu’ils soient. Et à leur parler, parfois même des heures durant, jusqu’à ce que l’amitié s’en vienne. Et même si votre fort caractère et votre immense personnalité en divisaient parfois certains, ils étaient pourtant les essences nécessaires à l’expression de votre énergie créatrice.

Cette énergie qui faisait briller vos yeux de toujours plus d’idées, de rêves et d’aventures, comme les miens brillent ce soir de vide, de tristesse et de solitude en vous écrivant ce dernier mot. Mais si nul n’est ici éternel, si la pendule du salon aura toujours raison, chacun de nous marquera toujours ce monde de son empreinte personnelle. Et quelle empreinte de géant vous nous avez laissé.

Ainsi, un beau soir de printemps, deux rêveurs assis sur la rive des vivants, au bord du Nil éternel, contemplaient la beauté millénaire du dieu Râ se mourant lentement derrière la chaine Libyenne. Nous discutions d’une certaine momie lorsque je vous exprimais un moment mon constant étonnement face à la qualité et à l’ampleur de toute votre œuvre. « Je suis l’oiseau rare du neuvième art » me disiez-vous alors.

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Et à juste titre car c’est quasi toujours solitaire et indépendant que vous avez acquis la maîtrise absolue des différents domaines de la création d’une histoire en bandes dessinées. De l’idée lumineuse de départ jusqu’à son final aboutissement en album magnifique.

Si tous les médecins du monde voulaient se donner la main, peut-être que les malades d’ hier seraient guéris demain. Un rêve… Mais il faut rappeler aussi que vous avez vécu plus de 88 ans. Des années d’une incroyable vie si riche et passionnante. A voyager, écrire, lire, dessiner et surtout à créer. Pour nous faire rêver tous à chaque fois un peu plus en nous léguant tous ces albums élégants. Une réalité…

L’oiseau rare s’est donc finalement envolé vers la Vallée des Rois.

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Mais en relisant ce matin ‘La tour de Babel’ j’ai compris que vous n’étiez jamais vraiment parti. Car Alix et Lefranc, héros de papier immortels, ont toujours été vous-même à part entière, dans toutes leurs multiples aventures entre rêve et réalité. Ils furent ainsi pour moi des modèles à suivre à une époque ou l’image d’un juste père faisait tristement défaut. Et ils le sont toujours.

En fait je ne suis pas seul. Nous ne le sommes pas. Ni moi ni les légions d’autres lecteurs. Car vous êtes toujours là avec nous. Dans tous ces albums passionnants qu’il nous suffit simplement d’ouvrir et de relire pour enfin vous retrouver, cher Maître. En rêve. Et en réalité.

A bientôt Monsieur Martin.

Et encore merci. 

Frédéric Bury

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Frédéric Bury dessiné par Francis Carin dans la momie bleue

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La momie bleue par Francis Carin.