Ca y est, j'ai perdu mon troisième père !
Oh, il n'est pas vraiment mort puisque la mort n'existe pas. Ce qui est ne peut cesser d'être, mais seul ce qui naît doit mourir.
Le corps de mon premier père sculpteur, Jean Pleyers, qui m'a permis de dessiner étant petit, est mort.
Le corps de mon deuxième père, peintre-dessinateur, Paul Cuvelier ( Corentin dans le journal de Tintin ), ami qui m'a appris que je ne savais pas dessiner, est mort.
Et l'âme du troisième vient de s'envoler vers le monde astral supérieur. Jacques Martin est la seule personne, avec les Editions Casterman, qui m'ait permis de m'exprimer par le biais de la b.d. en ce monde.
Ce Chevalier des Arts et des Lettres dirigeait son vaste théâtre de papier avec le courage d'un lion, la foi du Christ, et la rage d'un dragon ...
Jamais il ne doutait de ce qu'il voulait raconter, comme mu mystérieusement par une intelligence supérieure invisible qui semblait lui dicter des pans entiers des vies antérieures des César, Alexandre ou Ramsès, qu'il aurait véritablement rencontrés en d'autres vies.
Jamais je n'ai vu aucun intellectuel défendre avec un tel courage son oeuvre et l'idée qu'il se faisait du monde.
Alix aura suscité l'amour d'études gréco-latines dans les collèges à des centaines de milliers de jeunes élèves qui, en nos jours incertains, en auraient plus besoin que jamais. L'oeuvre grandiose de Jacques Martin et la création de son Tintin Antique  auront sûrement servis quelque peu de remparts à la décadence accélérée de la culture occidentale ...
Ca y est, je parle comme nos grands-pères !
Cher Jacques, mon bon maître, tôt ou tard je te retrouverai, avec mes autres pères et mères momentanément perdus.


Jean Pleyers

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Jacques Martin et Jean Pleyers à Ajaccio en 1990.

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Un hommage de Jean Pleyers de 1988.