Alors que Jacques Martin fête aujourd'hui ses 88 ans, et à qui, je souhaite un très bon anniversaire, c'est à son fils, Bruno , que j'ai posé quelques questions...

Alix Mag':Sur Castermag, on peut lire que vous êtes l'initiateur de la prochaine aventure de Jhen, la Sérénissime. Comment l'idée d'une aventure  de Jhen autour du Code Voynich vous est-elle venue?

Bruno Martin: Il y a quelques années, j’avais lu un article dans une revue scientifique abordant les impossibilités du décryptage du code de Voynich. C’est la première fois que j’entendais parler de ce document dont on évalue la première apparition en 1586 à Prague, lorsqu’il fut acquit par l’empereur Rodolphe II. Celui l’acheta pensant ainsi acquérir un ouvrage dicté par les anges et donc rédigé dans un langage céleste. Du moins c’est ce qu’en dit la légende.
Par la suite, ce document fut la propriété du Vatican ou du moins d’une puissante famille liée à la papauté.
Le codex ne fut retrouvé qu’au début du 20éme siècle par un antiquaire New-yorkais, Monsieur Voynich, qui s’occupait d’une succession à Rome.
Celui-ci en fit don à la bibliothèque de l’université de Yale, où il s’y trouve toujours. Durant le 20 siècle, pléthores de scientifiques et d’amateurs éclairés se sont succédés pour tenter de déchiffrer l’ouvrage. Même la très célèbre agence Américaine NSA s’y est frottée sans succès.   Chacun espérant y découvrir soit un texte de l’ordre des templiers, de sorcellerie, de sectes mystiques, etc…
Ce n’est qu’en ce début de 21è siècle, que certains chercheurs émettent l’hypothèse du canular total, le codex ne voulant probablement rien transmettre.
Voilà en très très bref, le contexte général.
En 2004, lors d’un échange à bâtons rompus avec le scénariste de Jhen, nous avons abordé l’incroyable périple de ce livre. Sur le ton de la plaisanterie, j’ai évoqué l’intérêt qu’aurait  pu avoir un personnage comme Gilles de Rais, passionné d’alchimie et de sciences occultes, qu’il aurait sans nul doute sûrement voulu mettre la main sur un tel document.
A l’époque, j’en avais également parlé à mon père qui avait trouvé l’histoire intéressante, mais il n’avait pas envisagé de l’intégrer au scénario de la Dogaresse, synopsis d’origine de la Sérénissime.

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Alix Mag': Quel est votre album préféré?

Bruno Martin: Sans hésiter : L’Ile Maudite. Son côté fantastique m’a toujours fasciné.
C’est sans doute l’Alix le plus décalé et le moins orthodoxe.

L'Ile maudite - Jacques Martin - 2203312068 - 9782203312067

...et dans le même ordre d'idée, quel est votre personnage préféré ?

Bruno Martin:Le choix est compliqué. Mais là aussi, le personnage qui m’attire le plus est Orion.
Ce personnage est l’une des dernières créations de mon père. Il est lui aussi légèrement atypique des codes habituels.  Il est moins « policé » que les autres héros de l’univers Martin où en général les personnages ont un profil psychologique manichéen. Orion n’est pas vraiment un asocial ou un « mauvais garçon », mais il évolue avec plus de liberté et réagit avec plus de spontanéité et d’émotion  par rapport à ses affects.

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Alix mag': Avant la réalisation d'un nouveau livre, Jacques Martin vous racontait-il l'histoire, ou découvriez- vous l'album une fois fini?

Bruno Martin:Mon père travaillait énormément à la maison le soir sur la table de la salle à manger, à l’époque où il collaborait aux studios Hergé. Par la suite, c’est dans son bureau, une annexe de la maison.
Ma sœur et moi découvrions donc les dessins au fur et à mesure.
Il effectuait d’abord un découpage complet sur de petites feuilles A4 de couleur, je trouvais cela rigolo.
Mon plus ancien et plus flou souvenir, c’est de l’avoir vu dessiner « les Légions Perdues ».
Pour les albums suivants, mes souvenirs sont plus précis.

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Alix Mag': Vous êtes membre du comité Jacques Martin. Quel sont vos rôles à vous et votre soeur Frédérique?

Bruno Martin: Oui, ma sœur Frédérique et moi-même faisons partie du Comité Jacques Martin.
Le contrat éditorial comprend une chartre graphique et une chartre scénaristique (réalisées par mon père) et qui sont remises aux dessinateurs et aux scénaristes.
Notre rôle est de veiller à la bonne continuité et au respect de ces chartres.
Bien sûr, les personnages peuvent évoluer  (ils n’ont eu de cesse d’évoluer au cours du temps) et chaque artiste y laisse son empreinte.
Mais nous ne souhaitons pas que des codes qui font références soient transformés par des artifices graphiques ou scénaristiques.
Par exemple, nous n’envisagerions pas qu’Alix ait une moue boudeuse ou qu’il s’esclaffe de rire en se tapant sur la cuisse. Je caricature…,  mais cela changerait fondamentalement la psychologie des personnages.

Alix Mag': Quels sont les prochains albums prévus ?

Bruno Martin:Concernant les nouveautés… je n’aime pas tellement dévoiler les projets en cours et je préfère laisser l’effet de surprise.
Cependant, ce n’est un secret pour personne que le prochain Lefranc « Noël Noir » paraisse dans quelques jours.
A. Taymans, E. Drese et P. Delperdange sont en train de réaliser l’album suivant et sont actuellement  au milieu du gué…
Ch. Simon et M. Venanzi ont
chacun commencé la réalisation d'un Alix.
Concernant Loïs, O.Pâques a également bien avancé dans son prochain album.

Il en est de même concernant Orion avec Marc Jailloux et Jhen  pour Th. Cayman, sans parler de la série des voyages avec Y.Plateau et bien d’autres.
Voilà pour les albums en cours de réalisation.
Et puis il y a des projets qui sont, sur le principe, déjà ficelés pour toutes les séries et dont les réalisations devraient débuter très rapidement.
Ensuite des projets à plus long terme.
Et puis il y a d’autres projets que je qualifierais « d’exos publications ». Mais là, c’est une autre histoire… (A suivre).

Merci Bruno d'avoir répondu à nos questions!

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Orion, le personnage préféré de Bruno Martin, ici dessiné par Marc Jailloux, pour la présentation de sa planche test.

Alix mag'/les enfants d'Alix/Stéphane Jacquet-septembre 2009.